La pensée économique d’Adam Smith

Adam Smith, né le 5 juin 1723 à Kirkcaldy (Écosse), est le fils d’un juriste. Il est initié à la philosophie morale par Francis Hutcheson, dont l’enseignement s’inspire à la fois des théories de John Locke et de David Hume.

Après avoir étudié et enseigné à Oxford et à Glasgow, Smith est nommé professeur de logique à l’université de Glasgow en 1751, puis professeur de philosophie morale un an plus tard. Pendant cette période, il est en contact étroit avec David Hume, dont les thèses éthiques et économiques l’influencent de manière significative.

En 1763, il quitte Glasgow pour entreprendre un voyage académique de deux ans qui le mène en France et en Suisse, en qualité de tuteur privé d’un jeune duc. C’est de ses rencontres avec les physiocrates français Turgot et Quesnay que Smith développe la thématique de son ouvrage phare, La richesse des nations, qu’il ne peut achever et publier qu’en 1776.

En 1779, Smith est nommé commissaire aux douanes à Édimbourg, où il réside jusqu’à sa mort, le 17 juillet 1790. Peu avant de disparaître, il donne l’ordre à ses amis de détruire tous ses écrits inachevés.

Dans cet article nous présentions la pensée économique d’Adam Smith (main invisible, richesse des nations, division du travail, la valeur, les prix et l’avantage absolu)

La main invisible : premier concept que l’on doit à Adam SMITH

La main invisible est un mécanisme social grâce auquel les intérêts individuels sont guidés dans la direction la plus favorable aux intérêts de la société tout entière (intérêt général) .

C’est le célèbre exemple du boucher et du boulanger qui poursuivent chacun leurs intérêts individuels, mais qui sont utiles à la société toute entière.

Grâce à la concurrence entre les intérêts individuels les prix sont compétitifs « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage. »

Fondements et causes de la richesse des nations

A Smith rejette les thèses mercantilistes qui considèrent que la richesse consiste dans l’accumulation des métaux précieux. Il s’oppose également aux physiocrates sur la notion de productivité exclusive de l’agriculture.

Pour lui la richesse est l’ensemble des biens matériels et nécessaires à la vie humaine.

Le travail à l’origine de la richesse des nations.

Le travail est source de la richesse , Cependant il ne s’agit pas de n’importe quel travail  (Le travail productif) : « la totalité du produit annuel, à l’exception des productions spontanées de la terre, étant le fruit du travail productif. »

  • Travail productif et travail improductif

Le travail productif se fixe sur les biens matériels

Le travail improductif périt immédiatement sans laisser de traces, exp ( le travail domestique), « Il y a une sorte de travail qui ajoute à la valeur de l’objet sur lequel il s’exerce; il y en a un autre qui n’a pas le même effet. Le premier, produisant une valeur, peut être appelé travail productif, le dernier, travail non productif. » Le salaire versé sur un travail productif est une avance et pas une dépense, car il sera récupéré, avec du profit, sur la vente du produit fabriqué.

Par contre le salaire versé pour le travail d’ un domestique est une dépense définitive Il veut montrer ici que l’aristocratie limite la richesse des nations alors que le capitalisme est productif . « Un particulier s’enrichit à employer une multitude d’ouvriers fabricants; il s’appauvrit à entretenir une multitude de domestiques. »

Pour Adam Smith, le travail productif est le facteur essentiel qu’il faut utiliser avec efficience pour développer la richesse. C’est l’objet de la division du travail .

La division du travail et ses limites

La division du travail est source d’efficacité et de croissance économique. Pour A Smith, la richesse des nations résulte de la division du travail de plus en plus poussée.

L’échange conduit à la division du travail et l’efficacité de cette dernière conditionne croissance et emploi.

A smith distingue la spécialisation par métiers de la division du travail qui fractionne le métier lui-même en plusieurs tâches. Pour lui la division du travail est un moyen d’accroitre l’efficacité du travail productif. Ce qu’il a expliqué à partir de la manufacture des épingles: un homme seul face aux différentes tâches à accomplir arrive difficilement à produire une seule épingle par jour, alors que dix travailleurs se partageant les tâches obtiennent 48.000 épingles dans la journée Cette augmentation considérable de la production est due, selon A. Smith à trois facteurs :

1. Le développement de l’habilité des travailleurs spécialisés dans une tâche
2. L’économie du temps réalisée, car l’ouvrier ne passe pas d’un travail à un autre
3. L’augmentation de la propension à innover, car en faisant la même tâche, l’ouvrier la comprend bien et il est en mesure de l’améliorer et delà faire des inventions

La division du travail accroît la productivité, mais elle présente quelques problèmes, comme: la grande spécialisation des ouvriers, la monotonie du travail et l’abrutissement de l’homme ;

Valeur et prix dans l’analyse smithienne

La théorie de la valeur travail

L’une des préoccupations d’A. Smith est de déterminer la loi qui explique le phénomène des prix. Pour lui, toutes les marchandises sont le fruit du travail humain. Ce dernier peut donc constituer le fondement de leur valeur. Il distingue deux types de valeur: valeur d’usage et valeur d’échange.

Valeur d’usage et Valeur d’échange

La valeur d’usage : l’utilité d’un objet

La valeur d’échange : faculté que donne la possession d’un objet d’en acheter d’autres (cad, sa capacité à s’échanger contre d’autres produits). Dans l’esprit d’A. Smith il n’y a aucune relation entre VU et VE (paradoxe de la valeur). Exemple de l’eau et du diamant : Rien n’est plus utile que l’eau; mais on ne peut presque rien acheter avec… Au contraire diamant n’a presque pas de valeur d’usage, mais on peut obtenir en échange une très grande quantité de biens.»

Dans la mesure où il analyse la société marchande, Smith ne va s’intéresser qu’à la valeur d’échange qui correspond à la mesure des marchandises produites et échangées. Le problème principal pour lui fut donc celui de la valeur d’échange: de quoi dépendrait celle-ci sur les marchés?

La mesure de la valeur d’échange et la notion de travail commandé

Pour Adam Smith toutes les marchandises sont le fruit du travail humain. Ce dernier peut donc constituer le fondement de leur valeur , Dans une société où la division du travail est développée, la satisfaction des besoins de l’individu dépend du travail d’autrui.

Ainsi, le degré de richesse ou de pauvreté de chacun dépend de sa capacité à se procurer le fruit du travail d’autrui, Ainsi, la valeur d’une denrée quelconque pour celui qui la possède et qui n’entend pas en user ou la consommer lui même, mais qui a l’intention de l’échanger pour autre chose, est égale à la quantité de travail que cette denrée permet d’acheter ou de commander ;

La pensée économique d'Adam Smith
Les éléments constitutifs de la valeur

Bien que le travail soit le meilleur étalon de la valeur, cela n’implique pas qu’il est le seul élément constitutif de la valeur. Cela ne serait le cas que dans une société primitive, où la terre ne ferait pas l’objet d’une appropriation et où les capitaux ne seraient pas utilisés.

Dans une société avancée où le travail est assisté par le capital, le fournisseur de ce dernier a droit à un profit en compensation du risque encouru. De même là où le sol est approprié, les propriétaires fonciers prélèvent une partie du produit du travail appliqué à la terre. Smith fait donc référence à trois facteurs de production auxquels correspondent trois catégories de revenu: salaire, profit et rente.

La valeur réelle de la marchandise est équivalente à la rémunération des trois

Prix naturel et prix du marché

En plus du prix réel et prix nominal, A Smith distingue prix naturel et prix du marché

Le prix du marché correspond au prix courant tel qu’il est établi par la loi de l’offre et de la demande, Le prix naturel correspond au coût de production, cad un prix qui ne serait déterminé que par l’offre et autour duquel gravite le prix du marché .

Le prix naturel correspond aux niveaux normaux de salaire, de profit et de rente, Quant au prix de marché, c’est-à-dire au prix courant, il peut être, au-dessus, ou au-dessous ou précisément au niveau du prix naturel».

Mais la différence entre prix de marché et prix naturel paraissait à Smith ne pouvoir être que temporaire. « Le prix naturel est donc pour ainsi dire le point central vers lequel gravitent continuellement les prix. »

La théorie de répartition des richesses

Une fois que la richesse est produite et évaluée, elle doit être répartie. Smith reconnait que dans les sociétés évoluées, le travail n’est pas la seule source de valeur, il se combine avec le capital et la terre. Chaque facteur reçoit une rémunération pour sa contribution à la valeur: salaire, profit et rente.

Le salaire du travail est déterminé à court terme par la loi de l’offre et de la demande, mais à long terme, il s’établit au minimum vital ou de subsistance (rapport de force est en faveur des entrepreneurs).

Le profit du capital est conçu comme la rémunération du capital. C’est un prélèvement sur le produit du travail ;

La rente de la terre est présentée également comme un prélèvement sur le produit du travail. Elle résulte du monopole de la terre, Mais sa valeur n’est pas déterminée par le prix des marchandises. La rente est le prix payé pour l’usage de la terre. Son prix dépend donc de la demande de la terre. En fait, toute la construction de Smith est de justifier un salaire de subsistance et la nécessité de fournir une rente aux propriétaires fonciers.

Le commerce extérieur chez Adam Smith

A Smith condamne le mercantilisme et les différents monopoles et restrictions douanières dont il s’accompagne. Pour lui le commerce extérieur est avantageux car il permet d’obtenir des marchandises qui satisfont mieux les besoins en échange de marchandises pour lesquelles la demande intérieure est faible. Plus précisément, le commerce extérieur contribue au développement de la richesse de la nation en accroissant le travail productif et en améliorant sa productivité:

  • Accroissement du travail productif

Le commerce extérieur accroit le travail productif en permettant une utilisation efficiente des ressources de l’ensemble de la nation et une valorisation des excédents de chaque nation (offre des débouchés à des productions excédentaires).

  • Développement de la puissance productive

Le commerce extérieur permet d’élargir le marché et delà favorise l’augmentation de la production et l’amélioration de la productivité ,Le commerce extérieur pallie donc à l’étroitesse du marché intérieur. Il est donc un facteur de développement à partir du moment où les échanges se font conformément aux avantages absolus.

La spécialisation selon les avantages absolus

Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à un prix inférieur à notre coût de production, il vaut mieux l’acheter de ce pays. L’exemple classique suivant permet d’illustrer comment la spécialisation internationale suivant l’avantage absolu, engendre une plus grande efficience dans l’emploi des ressources économiques.

Le coût (hommes/an)

 DrapVin
Angleterre80120
Portugal10090
  • Limites de la théorie des avantages absolus
Superficielle aléatoire
Superficielle, car elle ne fait que rendre compte de ce qui existe sans explication et sans analyseAléatoire car il est possible que deux pays soient à des niveaux de développement inégaux ; l’un absolument avantagé et l’autre absolument désavantagé.

Cela suppose une autarcie car le pays avantagé ne peut rien acheter pour compenser ses exportations et le pays désavantagé ne peut rien exporté pour payer ses importations , A.Smith ne prend pas en considération la notion de l’Etat nation.

Il raisonne dans le cas de deux pays comme s’il s’agit de deux régions d’un même pays.

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