L’autofinancement : source de financement des entreprises

l’objet de cet article est de présenter l’une des ressources de financement des entreprises : l’autofinancement.

Rôle historique de l’autofinancemen

Une place particulière semble devoir être faite au problème de l’autofinancement, en raison du rôle qu’il joue maintenant dans les sources de financement des entreprises et des controverses très vives auxquelles il donne lieu non seulement entre spécialistes du financement et de la comptabilité mais encore sur le plan social et même politique.

Selon notre habitude, nous prenons ici le terme et la notion d’autofinancement dans le sens que leur donne la langue
commune pour laquelle il y a autofinancement lorsque tout ou partie du bénéfice comptable est retenu par l’entreprise et non réparti entre les ayants droit.

C’est dire que nous écartons les multiples autres définitions qui ont été proposées par les économistes et les comptables et qui nous paraissent tendie a comprendre aussi, sous cette désignation, les différents artifices au moyen desquels les directions financières s’efforcent de soulager leurs trésoreries autrement que par emprunts ou apports de fonds nouveaux.

L’autofinancement n’est pas une invention récente de la technique financière ; l’idée de ne pas consommer la totalité du profit de l’exploitation et d’en réemployer une partie à l’extension ou au perfectionnement de celle-ci est probablement contemporaine de nos économies de marché.

De tout temps, le paysan a épargné sur son profit pour acquérir de nouvelles terres, pour « arrondir » son héritage, et de même l’artisan ou le manufacturier. Réemployer une partie de ses bénéfices dans son affaire était, au xixème siècle, une des règles de la bonne gestion et une des conditions de l’enrichissement de l’entrepreneur.

La rétention par l’entreprise d’une partie du profit en vue du financement de l’investissement (et parfois de la masse des valeurs de roulement) n’a guère attiré l’attention des économistes que lorsque les deux fonctions de bailleur de fonds et d’entrepreneur se sont dissociées avec l’adoption généralisée du cadre juridique de la société anonyme. Elle a pris un caractère spectaculaire dans les grandes sociétés, en raison des montants, en apparence, considérables, sur lesquels il porte.

En même temps se dessinaient des conflits d’intérêts entre les dirigeants des affaires, leurs actionnaires et, maintenant, le personnel auquel on reconnaît le plus souvent, sous des formes dérivées .

comme les primes de productivité, une vocation aux bénéfices

II- Les controverses

Les controverses auxquelles la pratique de l’autofinancement donne lieu sont bien connues des spécialistes.

Pour les uns, l’autofinancement serait un mode sain, économique et efficace de financement des entreprises.

Aboutissant, au prix d’une privation momentanée des bailleurs de fonds et des consommateurs, à un perfectionnement de l’appareil de production, donc à un abaissement des prix de revient, il serait, à moyen terme, socialement avantageux et, par là, défendable du point de vue moral. Il ne serait pas, comme le disent ses adversaires, un instrument de puissance ou de paresse au profit de quelques-uns ou de quelques groupes.

Pour les autres qui le condamnent, il serait, au contraire, un facteur de vie chère parce que, poursuivi d’une manière systématique, il empêche la baisse des prix dont profiteraient les consommateurs comme d’ailleurs les entreprises elles-mêmes qui verraient alors leurs marchés s’étendre.

D’autre part, il serait l’une des explications de la diminution des ressources du marché financier, le bailleur de fonds, frustré d’une partie des profits qui devraient lui revenir, étant atteint dans ses facultés d’épargne et étant, psychologiquement, peu enclin à rechercher de nouveaux placements.

Il serait, en outre, une source de gaspillage de capitaux, les fonds retenus par les entreprises échappant au contrôle de rentabilité du marché des capitaux.

III- la signification d’autofinancement dans l’économie moderne

Dans notre opinion, le problème de l’autofinancement, sous son aspect actuel, serait mal posé. Nos doctrines, dans ce domaine, et les controverses qui s’enroulent autour d’elles serat un héritage du passé. Elles seraient fondées sur l’étude de l’appareil de production statique ou peu progressif d’autre-fois.

Avec l’avènement de nos économies dynamiques, avec l’accélération du progrès technique, l’autofinancemen aur pris une signification nouvelle. il n’aurait plus, maintenant, son explication dans une décision plus ou moins arbitraire des dirigeants des entreprises ; il serait, au contraire, nécessaire la conservation et à la survie de celles-ci. C’est ce que nous allons tenter d’expliquer.

IV- L’autofinancement une condition de survie de l’entreprise

Dans l’opinion commune, l’autofinancement est étroitement lié aux idées d’accumulation de capitaux, d expansion de l’appareil de production et, à travers celles-ci, à celle d’enrichissement de l’entreprise.

S’il n’est pas contestable qu’il se traduise par une accumulation de capitaux dans l’entreprise et qu’il contribue au financement des nouveaux investissements, on doit se demander s’il signifie nécessairement et pour autant « enrichissement » de cette entreprise.

Certes, il en a été longtemps ainsi. Tant que le progrès technique a été insensible ou lent, l’amortissement, raisonnablement calculé, a suffi à l’entretien et au renouvellement de l’appareil de production et, en conséquence, à conserver le potentiel productif et compétitif de l’entreprise.

La part du profit retenue au-delà des dotations d’amortissement et investie dans l’affaire en immobilisations ou dans les valeurs de roulement a bien représenté un enrichissement.

Mais, avec l’accélération du progrès technique qui caractérise notre civilisation industrielle, les données du problème se sont modifiées.Un outillage n’est plus remplacé à l’identique mais nécessairement par un outillage plus perfectionné et plus coûteux.

C’est dire que, pour en assurer le  renouvellement, les ressources provenant de l’amortissement sont insuffisantes ; il
faut leur ajouter un suplément qui ne peut être pris que sur les bénéfices. Or, ce n’est pas parce qu’elle sera désormais dotée d’un outillage plus perfectionné que l’entreprise se sera nécessairement enrichie, au vrai sens du mot.

Le plus souvent, elle aura simplement évité de s’appauvrir ; en face de ses concurrents déjà munis de cet outillage, elle aura seulement maintenu son potentiel de compétition et conservé son fonds de commerce.

Plus encore. Comme nous l’avons déjà remarqué, l’accélération du progrès technique fait peser sur notre appareil de production une redoutable menace de rapide désuétude. Nous avons longuement expliqué dans les chapitres qui précèdent que nos outillages et nos équipements ne s’useront plus à proprement parler.

Leur renouvellement ne sera plus commandé par leur usure mais par leur vieillissement technique. Une invention
nouvelle, un perfectionnement mécanique les frapperont de mort économique bien avant qu’ils soient hors d’usage. Or, il n’est pas commode, pour le financier et le comptable, d’organiser une politique d’amortissement sur des hypothèses de ce genre.

On pouvait prévoir, autrefois, qu’une machine s’userait en dix ans et aménager, en conséquence, les dotations annuelles d’amortissement.

Comment calculer de telles dotations en fonction d’un progrès de la technique qu’on présume mais dont il n’est guère possible de déterminer assez exactement l’accélération ? Pourtant, en saine gestion, il faut en tenir compte et se constituer des ressources de financement autrement que par le moyen des fonds d’amortissement.

C’est dire qu’une partie des bénéfices doit être laissée à la disposition de l’entreprise.

V- Autofinancement et enrichissement de l’entreprise

Il est possible que les débats que soulève l’autofinancement et l’apparent enrichissement qui semble en résulter aient leur origine et leur explication dans nos conceptions juridiques et comptables du bénéfice distribuable.

Pour le juriste et le comptable, le bénéfice est, en définitive, l’excédent du prix de vente sur le prix de revient, amortissement compris. La part de cet excédent conservée par l’entreprise est inscrite, par le comptable, dans les réserves ou dans des chapitres assimilables ; elle grossit la masse des fonds propres. Cet accroissement de l’actif net mesurerait l’enrichisement de l’entreprise.

Pour nous, au contraire, l’autofinancement n’indiquerait pas nécessairement un enrichissement et ne mesurerait pas celui-ci.

Nous pensons volontiers que fout ou partie des excédents comptabilisés dans les réserves expriment des dépenses qu il a fallu faire pour la conservation du fonds industriel et commercial.

Dira-t-on, par exemple, que l’entrepreneur de transport qui remplace un car de trois millions entièrement et normalement amorti par le car plus confortable et mieux aménagé que possèdent ou vont posséder ses concurrents et qui coûte cinq millions, s’est enrichi de deux millions ? N’a-t-il pas, seulement, conservé son fonds de commerce que, faute de cette acquisition, la clientèle aurait déserté ? Il est vrai que pour les tiers, banquiers, bailleurs de fonds, fournisseurs, etc…, l’actif de l’entreprise s’est accru.

Dans l’hypothèse d’une exécution forcée, ils sont mieux garantis. Mais, pour l’entreprise, où est l’accroissement réel d’actif ? Après l’acquisition, elle a la même clientèle qu’auparavant ; elle a évité de perdre, elle n’a probablement pas gagné. Redisons-le à nouveau : l’investissement, la modernisation ne sont pas, comme le veut la théorie keynésienne, des options à la disposition du chef de maison mais des conditions de survie des entreprises dans une économie de marché.

Les mêmes remarques s’appliquent s’agissant de nos conceptions juridiques du bénéfice distribuable. Celui-ci ne serait pas – OU plutôt il ne serait plus — l’excédent du prix de vente sur le prix de revient mais la part de cet excédent qui reste raisonablement disponible après que l’entreprise a exposé toutes les dépenses qui sont nécessaires au maintien de son potentiel concurrentiel sur le marché.

VI- L’autofinancement considéré conjme un amortissement du fonds industriel et commercial

de même que le juriste distingue le fonds de commerce, pourvu d’un statut propre, des éléments qui le composent et qui ont également leurs statuts particuliers — statut de la propriété commerciale s’agissant du droit au bail, statut de la propriété industrielle ou artistique pour les brevets, les marques les dessins ou les modèles, etc… — de même faudrait-il les perspectives du comptable et du financier, penser qu’il y aurait un amortissement du fonds industriel et commercial différent de celui des éléments patrimoniaux qui sont mis en œuvre.

Son vieillissement n’est pas, en effet, seulement celui de son outillage ; il n’est pas la somme de la vétusté de chacune
des machines ou de chacun des bâtiments industriels ou commerciaux ; on sait bien que moderniser une usine, c’est encore autre chose et plus que remplacer des machines démodées.

Dans cette opinion, les deux notions d’amortissement, au sens courant, et d’autofinancement se rejoindraient et se compléteraient. L’autofinancement serait, en quelque sorte, l’amortissement à appliquer à l’entreprise, en tant que telle, pour compenser et corriger la vétusté qui l’atteint en raison du progrès technique.

La question que le comptable ou le financier aurait à se poser, dans l’examen de la situation d’une entreprise, serait la suivante : les dotations d’amortissement augmentées des bénéfices retenus ont-elles représenté une masse suffisante de ressources pour que l’affaire ait pu maintenir son potentiel de compétition sur le marché ?

Dans ces limites, il n’y a encore ni accumulation véritable de capitaux ni expansion. Au-delà, par contre, il devient exact de parler d’épargne sociétaire et d’enrichissement.

VII- Autofinancement d’entretien et autofinancement d’expansion

Pour mieux dire, il y aurait deux zones d’autofinancement : la première recouvrirait ce qu’on pourrait appelé l’autofinancement d’entretien ; la seconde représenterait l’autofinancement d’expansion qui, seul, serait à regarder comme un enrichissement et une épargne sociétaire.

Nous ne croyons pas que l’analyse que nous proposons ici soit un jeu d’esprit comptable ; elle permettrait, nous semble-t-il, de rendre mieux compte des incertitudes du juriste, s’agissant de définir le bénéfice distribuable du juge
cherchant à cerner l’abus du droit des majorités dans dans les dotation des réserves, de l’administration fiscale dans la quête de ses assieftes de taxation des profits des entreprises.

Les grandeurs respectives de ces deux zones d’autofinancement sont difficiles à mesurer. Elles s’inscrivent d’une manière identique dans les comptes des bilans ; elles concourent également — à tort, selon nous — à former l’actif net dans l’optique du comptable qui, négligeant les perspectives économiques, ne distingue pas entre les réserves, suivant qu’elles ont pour objet la conservation du potentiel de l’entreprise ou son expansion.

Aussi bien, pour parvenir à les discriminer, faudrait-il pouvoir exprimer par un coefficient l’accélération du progrès technique et établir une corrélation entre celle-ci et le total des rétentions au titre de l’amortissement et de l’autofinancement.

C’est là un calcul qui peut être fait a posteriori mais non a priori. Plus exactement encore, on se trouve ici dans le domaine de l’estimation subjective du chef de maison.

VIII- les économistes et l’autofinancement

Ainsi s’expliquerait la gêne de la doctrine dans ses essais d’un compte rendu rationnel de l’autofinancement ; c’est en vain que les économistes ont cherché à établir une relation entre le volume du profit et celui de l’autofinancement.

Si une telle relation pouvait être dégagée, ce ne serait très certainement qu’à l’intérieur de chaque grande branche de la production et non pour l’ensemble des entreprises, car l’accélération du progrès technique est essentiellement variable d’un secteur à un autre.

Ni le recours aux thèses marginalistes ni des considérations tirées des postulats keynésiens n’ont permis de donner une explication satisfaisante de l’autofinancement et l’économiste qui s’est cru plongé dans l’irrationnel et l’arbitraire a dû, le plus souvent, chercher refuge dans le bercail commode de la Psychologie : volonté de puissance des dirigeants des grandes affaires, désir de ceux-ci d’échapper au contrôle des bailleurs fonds, éthique ou esthétique technocratiques.

Or, dans les limites que nous avons essayé d’indiquer, l’autofinancement n’est pas une option qui est laissée à ces dirigeants. Il s’impose à eux s’ils veulent maintenir l’outil industriel et commercial d’ont ils ont la responsabilité.

Article précédentAudit interne et gestion des risques
Article suivantLe fonds de roulement normatif

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici