Instruments de la politique monétaire

Pour mener à bien une politique monétaire, les autorités monétaires disposent de deux types d’instruments de la politique monétaire pour mener à bien cette dernière :

  • des actions directes ( sur le crédit ) : l’encadrement et la sélectivité des crédits
  • des actions indirectes ( sur la liquidité bancaire) : refinancement, réescompte, open market et réserves obligatoires

1. Les actions directes sur le crédit

Le contrôle direct sur le crédit s’opère au travers deux instruments : l’encadrement et la sélectivité des crédits. L’objectif ici est de limiter les crédits en les encadrant d’une part , et en influant sur leur destination d’autre part, c’est à dire les orienter vers des secteurs jugés prioritaires tel que les exportations, logement sociaux, agriculture etc. ( en proposant par exemple des taux bonifiés ou des avantages fiscaux ).

Toutefois cette action si elle est utile en matière de politique économique ( en favorisant le développement de certains secteurs ) , elle comporte des limites :

  • En matière de politique monétaire, elle ne peut être utile car elle ne permet pas de contrôler la croissance de la quantité de monnaie en. circulation. donc ce dispositif ne suffit, pas à lui seul à contenir en toutes circonstance l’expansion de la masse monétaire, bien souvent il s’avère nécessaire de lui associer d’autres mesures monétaires contraignantes pour produire l’effet escompté.
  • Ce système a été beaucoup critiqué du fait de son inefficacité et donc aboli par la plupart des pays. En effet, l’encadrement du crédit freine le développement des banques les plus dynamiques et nuit à la concurrence. Il pénalise donc les banques les plus dynamiques qui subissent les même restrictions que les banques les moins entreprenantes.

Les banques se trouvant limitées dans leurs crédits vont être poussées à privilégier leurs meilleurs clients ( grandes entreprises ) au détriment des PME.

  • Autre limite de cette action portant sur les crédits, elle ne porte donc que sur une des sources de la création monétaire ( les crédits ) elle est donc sans effet sur les autres sources, en d’autres termes elle ne permet de contrôler que la contrepartie de la masse monétaire en rapport avec le crédit bancaire par contre elle n’a pas d’incidences sur les créances du trésor et sur les réserves extérieures.

ainsi elle ne peut être efficace que dans une économie financée par crédit et partant son efficacité dépend donc de la nature du système financier ( économie d’endettement ou économie de marché ).

  • Elle entrave le jeu normal de la concurrence entre les banques et fausse l’allocation efficace des ressources.
  • pour faire face à l’aspect draconien de la mesure, certaines banques développent entre elles un marché particulier des « crédits désencadrés» ?

Dans ce marché les banque dont l’activité se situe en deçà du taux de progression fixé aux encours avancent en contrepartie d’une rémunération des fonds aux établissements qui ont déjà atteint ce plafond. Elle favorise l’émergence d’une nouvelle forme de financement appelée crédits interentreprises ou « face à face ».

L’encadrement de crédit est un instrument qui avait les faveurs des banques centrales au moment où l’économie d’endettement était quasi généralisée. Il a toutefois mal résisté devant la montée de la libéralisation financière. Devenu désuet, il ne figure pratiquement plus parmi la panoplies des moyens de contrôle monétaire des instituts d’émission.

L’intervention directe des autorités dans la distribution de crédit repose également sur un certain nombre de dispositions permettant une réglementation stricte des taux d’intérêt. Celle-ci est établie dans le but de contrôler quantitativement et qualitativement la liquidité bancaire.

La mise en place d une grille hiérarchisée des taux qui différencie le loyer de l’argent selon qu’il s’agisse du coût de l’accès des banques à la monnaie centrale, des taux débiteurs ou créditeurs, offre à l’institut d’émission l’opportunité d’agir en amont et en aval des ressources de financement.

En effet, la variation des taux de réescompte lui donne les moyens de maîtriser la création monétaire et de limiter les facultés de mobilisation des établissements, tandis que l’action sur les taux de rémunération des fonds en fonction de la durée et dés formules de placement lui permet de rendre l’épargne plus attrayant.

A travers les politiques sélectives par contre il est en mesure d’orienter les crédits bancaires pour le développements des activités réellement productives et prioritaires. Ce qui se traduit par l’octroi de prêts bonifiés (partiellement pris en charge par le trésor ou garantis par lui) au profit de ces activités , sur la base de conditions privilégiées de refinancement et de taux.

Ces différentes mesures, au même titre que l’encadrement du crédit ont de moins en moins de partisans car elles s’accommodent mal avec le retour aux mécanismes du marché qui caractérise la sphère économique et financière.

Dans ce contexte l’abandon progressif de l’administration des taux trouve sa justification dans l’incapacité de cette pratique à stimuler efficacement l’épargne et à maîtriser le volume des liquidités bancaires. En outre il lui est reproché de favoriser l’entente organisée des banques au dépend des formes d’activité plus concurrentielles.

Quand à la sélectivité, si elle peut aider au développement de certains secteurs prioritaires, elle abouti souvent à la désallocation des capitaux disponibles et à soutenir en vain des branches non compétitives avec des coûts budgétaires exorbitants pour la communauté.

Ces considérations expliquent pourquoi la préférence des autorités monétaires dans la plupart des pays va de plus en plus vers les instruments de régulation indirectes.

Les actions sur la liquidité bancaire

Le but de ces actions est d’influer sur la liquidité bancaire qui elle même influe sur la capacité des banques à accorder des crédits. De nos jours ce sont les instruments les plus utilisés par les pays industrialisés et les plus recommandés par les instances financiers internationales tel que la banque mondiale et le FMI.

Leur mise en place nécessite cependant l’existence préalable d’un système financier suffisamment développé et d’un marché monétaire structure et bien rodé.

Instruments de la politique monétaire : Le refinancement

Vu que la part des titres publics et des valeurs mobilières (cotées en bourse) qui pourraient être négociées dans un large public à fin de se procurer des liquidités en cas de besoin ne représentent qu’une infime partie des emplois des banques, l’alternative qui reste aux banques c’est le refinancement sur le marché monétaire qui est alimenté en général par la banque centrale.

« le refinancement peut être défini comme l’acte par lequel une banque centrale assure le financement (avec intérêt) d’une opération en seconde position, après qu’une première institution financière a préalablement accordé un crédit ou acheté un titre »

une opération de refinancement constitue; donc une création de monnaie centrale qui accroît la quantité de monnaie centrale détenue par les banques ? En effet, vu que l’offre de crédit des banques est liée à la quantité de monnaie banque centrale détenue par les banques  l’action indirecte sur l’offre de crédit passe par la liquidité bancaire. Dès lors les autorités monétaires peuvent agir via le coût de refinancement.

Le réescompte

La deuxième possibilité d’agir sur la liquidité bancaire est la procédure du réescompte. Le réescompte consiste pour une banque centrale à refinancer les créances que les banques détiennent sur leurs clientèle à un taux fixe (connu d’avance).

La banque centrale peut ainsi à travers ce taux contrôler la quantité de monnaie en circulation en jouant sur le différentiel entre taux de crédit et taux de réescompte.

La procédure du réescompte présente néanmoins certaines limites :

tout d’abord le fait qu’une fois le taux de refinancement annoncé par la banque centrale =-> l’offre de monnaie ne dépendra plus que de la demande de monnaie centrale par les banques et donc la banque centrale reste passive face à la quantité de monnaie centrale demandée par l’ensemble des banques.

D’autre part, l’augmentation des taux de réescompte =-> augmente les taux d’intérêt débiteurs et risque de pénaliser l’activité économique. si les entrepreneurs n’ont pas d’autres sources de financement, la demande de crédit ne baissera pas.

ce sont des limites que font de cette procédure une procédure inefficace pour contrôler la quantité de monnaie en circulation et donc ont disparu progressivement pour disparaître complétement.

L’Open Market

Autre possibilité pour la banque centrale d’agir sur la liquidité bancaire : son intervention sur le marché interbancaire vu qu’elle peut refinancer les banques également sur le marché interbancaire = marché de la monnaie centrale.

Cette intervention de la banque centrale sur le marché de la monnaie centrale est appelé : Open Market.

L’opération de l’Open Market consiste en la vente ou l’achat de titres sur le marché monétaire à l’initiative de l’institut d’émission qui dispose de ce fait à travers cette technique de la possibilité a la fois d’élargir ou de restreindre la liquidité bancaire et de contrôler l’évolution des taux d’intérêt.

Il constitue l’instrument de stabilisation le plus important à la disposition de la banque centrale. Ainsi lorsque cette dernière estime que la conjoncture économique est au bord de la surchauffe, signe précurseur de l’inflation, elle met en vente par le biais de courtiers différentes catégories d’effets publics, afin d’éponger la liquidité supplémentaire.

Les comptes courants auprès de l’institut d’émission des intermédiaires financiers qui achètent les titres sont alors débités du montant des actifs acquis.

Les quantités de la monnaie centrale retirées de la circulation se traduisent par la réduction de la dette de la banque centrale, inscrite au passif de son bilan et la diminution des réserves légales des banques concernées par l’opération.

En conséquence on enregistre au niveau du marché à la fois la baisse des cours des titres et la hausse concomitante des taux d’intérêt.

L’objectif évident d’une telle action est de faire répercuter cette hausse sur le coût du loyer de l’argent pour que le crédit se contracte. Ce qui permet d’éviter le dérapage inflationniste redouté.

Parallèlement pour relancer l’activité économique, les autorités optent pour l’achat par l’intermédiaire des mêmes courtiers d’une certaine quantité d’effets correspondant au montant de la monnaie centrale qu’elles désirent injecter dans le marché.

Un telle initiative, génère à son tour une série de conséquences qui s’inscriront à l’inverse du processus précédemment décrit à savoir, accroissement de la liquidité en circulation et de l’endettement de la banque centrale, relèvement des cours des titres et baisse des taux d’intérêt. Cette baisse est sensée stimuler la demande de crédits, élément indispensable à la reprise économique recherchée.

L’Open Market est ainsi une technique qui est de l’initiative de la banque centrale à la différence de la politique du réescompte qui ne fait qu’accompagner la demande en monnaie centrale des banques.

Elle n’est pas de nature réglementaire, elle se caractérise au contraire par une certaine flexibilité que reflète à la fois l’effet prix (l’impact produit sur le taux d’intérêt) et son effet quantité qui s’exerce sur l’évolution du volume de la masse monétaire.

D’autre part l’Open Market est un instrument qui peut concerner l’ensemble des intermédiaires bancaires et financiers, alors que le système des réserves obligatoires s’applique exclusivement aux établissements gestionnaires de dépôts.

Si dans certains pays il ne se fait qu’à l’échelle du marché interbancaire parce que le système financier n’est pas suffisamment naur pour de telles opérations, il peut également se pratiquer au niveau de tout le marché monétaire. C’est notamment le cas des Etats Unis où le marché des titres est très développé.

Mais cet instrument se heurte à certaines limites notoires qui peuvent remettre en question son efficacité. Par exemple lorsque la demande de crédit est inélastique par rapport à son coût, le relèvement des taux d’intérêt n’a aucun effet, car les agents économiques continuent à s’endetter à l’égard des banques, en dépit de la hausse du loyer de l’argent.

Un tel comportement caractérise souvent les phases de surchauffe, durant lesquelles les anticipations des opérations sont optimistes quand à l’évolution à venir de la conjoncture.

On peut également mentionner qu’une hausse ou une baisse des taux d’intérêt conçues au départ pour faire à une évolution cyclique indésirable peut, se-traduire par des effets pervers à l’échelle des équilibres extérieurs. Mais c’est là une limite qui n’est pas propre à l’Open Market. Elle est générale à la politique monétaire dans son ensemble.

Des réserves obligatoires

Les réserves obligatoires correspondent à la quantité de monnaie centrale que les banques doivent détenir en permanence sur leur compte à la banque centrale et qui est proportionnelle aux dépôts qu’elles gèrent.

En augmentant le taux de réserves, la banque Centrale réduit la liquidité des banques et les conduit à se refinancer sur le marché monétaire => l’augmentation de la demande de la monnaie centrale => augmentation des taux d’intérêt => diminution des crédits et partant la croissance de la quantité de monnaie en circulation se ralentit.

La réduction du coefficient de réserves obligatoires produit l’effet inverse. Les réserves obligatoires contraignent donc les banques à détenir une fraction spécifiée de la valeur de leur bilan en monnaie centrale dans un compte bloqué Et en principe non rémunéré à l’institut d’émission.

Pour se procurer la monnaie centrale nécessaire à l’opération les banques accroissent leur endettement à l’égard de ce dernier. Ce qui a le même impact sur la liquidité bancaire qu’un retrait de billets par le public. Cette contrainte augmente encore davantage l’effet de la politique des taux d’intérêt et se répercute sur la trésorerie et le compte d’exploitation des établissements qui sont souvent obligés de vendre des titres pour satisfaire les exigences du coefficient de réserves déterminé.

Ainsi cet instrument n’a pas seulement pour objectif de stériliser une partie des exigibilités bancaires mais tend également à inciter les banques à se conformer à la politique souhaitée.

Le mode de calcul des réserves obligatoires est très variable leur assiette peut être fondée sur les exigibilités ou sur les concours bancaires.

Dans le premier cas elle concerne l’ensemble des dépôts à vue de chaque établissement, exprimés par les comptes courants créditeurs ou leur variation d’une période à l’aube.

Elle peut être étendue également aux dépôts à terme si les autorités monétaires jugent la mesure nécessaire pour contrôler I’évolution de la liquidité bancaire.

Mais l’établissement de l’assiette sur la base des crédits distribués est encore plus pénalisant pour les banques car il vise alors les opérations de création monétaire en cours et non pas la monnaie déjà crée qui est l’agrégat cible du premier cas examiné. Ce qui permet de renforcer encore davantage l’efficacité des réserves obligatoires.

Cependant on peut relever à l’égard de cet instrument quelques observations qui montrent en même temps ses limites :

  • Tout d’abord comme pour l’encadrement des crédits cette technique est drastique et aveugle car elle a tendance à pénaliser les établissements les plus dynamiques, c’est à dire ceux qui font l’effort d’accroître leurs dépôts ou leurs encours, au profit de ceux qui manquent d’initiative.
  • Un outil aussi puissant doit être manié avec beaucoup de précautions. L’expérience des pays qui l’ont suffisamment expérimenté comme les Etats Unis nous montre que la banque centrale doit l’utiliser au compte gouttes.

En effet, toute modification brutale de ce coefficient génère instantanément une hausse des taux d’intérêt et des rationnements des crédits bancaires, manifestations qui peuvent se répercuter gravement sur la conjoncture.

  • D’autre part il est incomplet dans son application car il est rarement imposé aux institutions spécialisées et aux banques d’affaires qui ne gèrent généralement pas des montant élevés des dépôts.

En fait l’un des objectifs de ce système est d’inciter les banques à développer leurs ressources non monétaires, celles qui ne sont pas soumises à l’obligation des réserves à savoir capital, fonds propres et actifs financiers de tout genre.

Conclusion

en résume, on peut dire que le choix de l’instrument dépend du système financier de l’économie en question.

dans une économie d’endettement, une économie où prédomine le financement par les intermédiaires financiers, l’instrument privilégié reste l’encadrement des crédits associé aux réserves obligatoires,.

en revanche dans une économie de marché de capitaux dans laquelle les besoins dé financement des entreprises sont limités et satisfaits le cas échéant sur les marchés de capitaux, les instruments privilégiés relèvent d’une logique de marché, la banque centrale intervient sur le marché.

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