La pensée mercantiliste

la pensée mercantiliste où Le mot « mercantiliste » vient de l’italien « mercante » qui signifie « marchand ». Les mercantilistes ne sont pas des « penseurs » et ils ne forment pas une école constituée portant un regard commun sur les réalités économiques. Ce sont bien plutôt des « hommes de l’art », marchands et financiers le plus souvent, « fonctionnaires » parfois, qui, dans le cadre de leurs activités, sont aux prises avec les questions économiques, en tirent des conceptions pratiques dont ils essaient de déduire des convictions plus générales, convictions qu’ils s’efforcent d’exposer auprès des puissants.

Ils plaident le plus souvent, lorsqu’ils sont marchands ou banquiers, en faveur de ce qu’ils nomment « la liberté économique », c’est-à-dire en fait l’octroi d’avantages, de monopoles, d’interventions publiques pour développer ou protéger leur activité. Ces plaidoyers peuvent différer d’un auteur à l’autre, mais un certain nombre de convictions doctrinales leur sont néanmoins communes.

Certains auteurs (A. Smith par exemple) ne parlent que de mercantilisme ou d’écrits mercantilistes. Cette pensée ne sera reconnue que par certains auteurs tels que K Marx et Keynes. Keynes les considère comme ses précurseurs.

Table des matières

I. L’intérêt qu’on peut tirer de la pensée mercantiliste

En fait plusieurs enseignements peuvent être tirés de l’étude de la pensée mercantiliste :

Savoir comment la pensée économique s’est constituée historiquement.

Evaluer le rôle du Tiers Monde (périphérie) dans le développement de l’occident (centre) et surtout pourquoi certains pays se sont développés alors que d’autres non , Comprendre certains aspects du fonctionnement du capitalisme contemporain qui demeurent largement mercantilistes : rapport aux ressources naturelles et comportement des FMN.

II. Apport de la pensée mercantiliste

Pour comprendre la pensée mercantiliste, il faut la replacer dans son contexte historique avant de s’interroger sur son apport et sa pertinence

1. Le contexte historique des mercantilistes

La pensée mercantiliste a évolué sur une longue période (1450-1750) (phase de transition du féodalisme au capitalisme). C’est une période marquée par des transformations radicales et de grands bouleversements Ces principales mutations peuvent être résumées ainsi :

L’émergence de nouvelles mentalités (l’émancipation de l’homme à l’égard de la religion et de l’église) favorables à l’activité économique et à la recherche scientifique

L’affirmation de l’Etat nation : naissance d »une nouvelle conception de l’Etat indépendante de la morale et de la religion

Les grandes découvertes et élargissement du commerce international :

  • L’invention de la boussole et du télescope s’est traduite par une nouvelle ouverture du monde.
  • 1456, les portugais atteignent l’Afrique.
  • 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique.
  • 1498, Vasco de Gama atteint l’Inde.
  • 1519, Fernand Magellan fait le premier tour du monde. C’est l’époque d’exportation d’esclaves et du commerce triangulaire entre l’Afrique et l’Amérique.

Tous ces faits ont favorisé l’apparition du mercantilisme dont le but principal est d’enrichir la nation.

2. Fondements et formes de la pensée mercantiliste

Fondements commun des mercantilistes

La problématique commune aux mercantilistes : Comment enrichir la nation désignée par l’Etat ? Pour eux, le but de l’économie politique est d’enrichir la nation. Il s’agit donc d’une analyse essentiellement normative : les mercantilistes se sont fixés un objectif et préconisent des moyens pour y parvenir. Ce sont par nature des interventionnistes

Les principales formes de la pensée mercantiliste

Cette doctrine, dont la pierre d’angle est l’identification de la richesse aux stocks d’or et d’argent, s’est traduite par des politiques fort différentes selon la façon de procéder pour accumuler la richesse. Nous allons donc étudier successivement :

  • Le mercantilisme espagnol ou bullioniste : Cette forme initiale du mercantilisme s’est développée en Espagne et au Portugal. Ces auteurs estiment que la richesse d’une nation se mesure par la quantité des métaux précieux dont elle dispose (pillage des métaux précieux de l’Amérique latine). Ce système a échoué parce que :

D’une part l’afflux d’or et d’argent sur le marché espagnol a provoqué une violente hausse de prix. Comme les prix des produits espagnols sont plus élevés qu’à l’extérieur, leurs exportations sont défavorisées, alors que les produits étrangers étaient attirés en Espagne. Il s’ensuit un déséquilibre de la balance commerciale de l’Espagne et par conséquent une sortie de l’or espagnol vers les divers pays d’Europe.

D’autre part, l’activité agricole et l’activité industrielle sont réduites à presque rien. Ce qui a engendré en définitive un appauvrissement de l’Espagne et contribué à retarder durablement le développement de ce pays.

  • Le mercantilisme anglais ou commercialiste : reflet de la situation géographique de la grande Bretagne qui était à l’époque la reine des mers. Pour s’enrichir, la Grande Bretagne qui ne peut compter sur l’afflux de métaux précieux, doit dominer le commerce mondial. La richesse d’une nation se mesure par l’étendue de son commerce international

 

  • Le mercantilisme français ou industrialiste : c’est un courant de pensée qui s’est développé en France au 17ème siècle. C’est l’expression du contexte français. En effet, la France qui ne maitrise pas le commerce maritime et n’ayant pas de colonies, préconisait le développement des manufactures (c’est le nom que l’on donnait aux usines). Il s’agit toujours d’enrichir l’Etat, mais par le développement industriel.

3. Les principales idées mercantilistes

L’économie fonctionne comme un jeu à somme nulle ( stock de ressources limité, intérêts des nations sont antagoniques, un pays ne peut s’enrichir qu’au détriment d’un autre); Le mercantilisme, en conséquence, aura tendance à dresser les pays les uns contre les autres.

Balance commerciale excédentaire : Pour se procurer de l’or et de l’argent, un pays doit avoir une balance commerciale favorable ou excédentaire (X supérieures aux M)

Le protectionnisme : Pour favoriser la réalisation d’une balance commerciale excédentaire et développer l’activité manufacturière, ils préconisaient l’élévation des droits de douane pour taxer l’importation des produits finis, interdisaient l’exportation des matières premières nécessaires à l’industrie nationale et encourageaient l’exportation des produits manufacturés ainsi que l’importation des matières premières et du blé une fois la production nationale est insuffisante

Termes de l’échange favorables : prix des exportations doivent être supérieurs aux prix des importations (commerce colonial).

Croissance démographique, bas salaires et armée : Les mercantilistes sont populationnistes, c’est-à-dire favorables à l’augmentation de la population dans un pays.

L’abondance de la main-d’œuvre (bas salaires) favorise le développement de l’industrie et du commerce, notamment des exportations. Par conséquent les industriels et les marchands s’enrichissent. Cela permet aussi de lever des armées puissantes, ce qui bénéficie à l’Etat

L’interventionnisme et le nationalisme économiques (Etat doit être fort et capable de défendre les intérêts de la nation).

Division du travail entre la métropole et les colonies (fournitures de matières premières et débouchés pour les biens d’équipements) Pour eux, les bas salaires ne sont pas seulement un moyen de réduire les coûts de production et d’augmenter les profits des manufactures mais également le moyen d’obliger les gens à l’abondance de la monnaie pour faciliter les échanges et le financement des manufacturiers. Le taux d’intérêt ne peut être bas que si l’offre de monnaie s’y prête. La monnaie est jusqu’ici assimilée au capital. Ce n’est que plus tard qu’on parle de la monnaie fiduciaire.

Conclusion

Avant sa réhabilitation par Keynes, le mercantilisme a fait l’objet de plusieurs critiques. Mais pour comprendre la pensée mercantiliste, il faut la replacer dans son cadre historique. Le mercantilisme peut être considéré comme la première ébauche d’une science économique.

Cette pensée a contribué à l’autonomie de l’économie des autres disciplines notamment la philosophie et la religion, etc. Elle nous permet de comprendre comment les pays d’Europe occidentale ont pu s’enrichir et comment ils ont structuré les autres pays notamment sous développés en fonction de leurs besoins. Elle nous enseigne également que le sous développement des pays du tiers Monde est le résultat de leur subordination aux pays développés et que leur développement passe nécessairement par le refus de cette soumission.

La pensée mercantiliste est encore actuelle dans la mesure où elle peut nous aider à comprendre certains aspects du fonctionnement du capitalisme actuel comme le cas de la lutte acharnée des différentes puissances mondiales sur le contrôle des ressources naturelles, comportement agressif des firmes multinationales, division internationale du travail quasi-coloniale, etc. Certains parlent du néo-mercantilisme. Ainsi, la pensée mercantiliste mérite d’avoir une place importante dans la pensée économique

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