La politique de change

La politique de change consiste à agir sur la valeur externe de la monnaie nationale. En régime de change fixe parle de dévaluation / réévaluation; en régime de taux de change flottant de dévalorisation / appréciation d’une monnaie.

Une dévaluation ou une dépréciation de la monnaie (change fixe ou flottant) diminue, son taux de change; une réévaluation ou une appréciation de la monnaie (mêmes hypothèses) augmente le taux de change. Cette politique modifie :

indirectement tous les prix internes ; mécaniquement par le prix des importations de produits semifinis et matières premières (pétrole, composants électroniques), ou par effet des anticipations sur la fixation des prix.

directement les prix de tous les produits étrangers (tee-shirts, ePods),

la valeur respective du travail national et étranger : monnaie dévaluée = travail national dévalorisé.

La politique de change est doublement liée à la politique monétaire. Le taux de change dépend de la politique monétaire : les variations du taux d’intérêt agissent sur les mouvements de capitaux, donc sur le taux de change.

La politique de change fait partie des instruments de la politique monétaire :

  • une appréciation de la monnaie nationale aide à maîtriser l’inflation ;
  • une dévaluation tend à la relancer.
  • Monnaie forte = politique antiinflationniste.
  • Monnaie faible = effet inflationniste.

Enfin, la politique de change est considérée comme un attribut important de la souveraineté nationale à cause du caractère dramatique des crises de change et de certaines dévaluations. L’histoire des crises spéculatives et des dévaluations est pleine de bruits et de fureurs, de frustrations, de drames sociaux et d’appauvrissements (dévaluations compétitives années 1930 ayant accéléré la récession ; Argentine 2001, crise économique et sociale).

La politique de change : Dévaluation et réévaluation de la monnaie

Définitions de la dévaluation-dépréciation

Une dévaluation est une décision officielle des autorités monétaires consistant à diminuer la valeur de la monnaie nationale par rapport à un étalon de référence (or, une autre monnaie, etc.). Prenons l’exemple d’une dévaluation d’euros contre le Dollar américain (USD).

Cette dévaluation ne se prononce plus par un gouvernement à une date donnée. Le cours de change s’établi chaque jour sur le marché des changes.

Avant dévaluation 0,9 euros = 1 USD. Après 0,9 euros = 0,95 USD.

Ainsi, après une dévaluation, il est nécessaire de fournir davantage de monnaie nationale pour obtenir la même devise étrangère qu’auparavant. Il est donc plus coûteux d’acheter à l’étranger.  Inversement, les étrangers trouvent le territoire national meilleur marché (favorable au tourisme, favorable aux exportations, etc…).

Une dévaluation (ou l’opération inverse qu’est la réévaluation) n’est possible que dans un système de changes fixes, où les parités des monnaies correspondent à des taux de change officiels et stables par rapport à un étalon (exemple du système monétaire international de Bretton Woods).

La dépréciation d’une monnaie (sur le plan externe) doit être distinguée de la dévaluation.

Dans un système monétaire international où les changes ne sont pas fixes, c’est à dire lorsque les banques centrales ne sont pas obligées d’assurer la stabilité de leur propre monnaie par rapport à d’autres devises, les taux de change fluctuent librement sur le marché des changes.

La dépréciation correspond alors à la diminution de la valeur d’une monnaie par rapport à une ou plusieurs autres devises.

Une dépréciation (ou, à l’inverse, une appréciation) peut être un processus très lent, à l’inverse d’une dévaluation qui est une modification brutale et officielle de la valeur d’une monnaie.

L’usage du terme de dévaluation (ou de réévaluation) est devenu impropre depuis l’abandon des parités fixes entre les monnaies en 1973. Il demeure cependant dans le cadre des accords monétaires européens puisque l’on parle de dévaluation ou de réévaluation lorsque l’on modifie les « cours-pivots » entre les monnaies appartenant au mécanisme de change du Système monétaire européen.

Les effets traditionnels d’une dévaluation

En opérant une dévaluation, un pays cherche à réduire un déficit commercial ou à améliorer le solde de sa balance des transactions courantes. L’objectif est de diminuer la valeur de sa monnaie par rapport aux monnaies des partenaires commerciaux étrangers. Lorsque l’on passe, par exemple :

0,5 USD = 1 € à 0,5 = 0,80 € les achats de produits français aux états unis (importations, tourisme, investissements) vont être plus onéreux. Ceci va freiner les américaines à acheter français (ou à venir passer les vacances en France, car plus chères).

Réciproquement, les acheteurs français trouveront les produits américains « bien placés » en prix et auront tendance à plus les acheter au détriment des produits français.

Moins chères pour les clients étrangers, les exportations se développeront tandis que le renchérissement des importations en freinera la croissance sur le marché intérieur, les acheteurs français préférant alors les produits nationaux meilleur marché. Le solde des échanges (balance commerciale ou balance courante) doit donc s’améliorer grâce à la dévaluation-dépréciation.

Les conditions de réussite d’une dévaluation

Les avantages d’une opération de dévaluation doivent être nuancés. D’abord, les effets positifs ne jouent pas immédiatement.

Dans un premier temps, la valeur des importations augmente car celles-ci coûtent plus cher et les agents ne réduisent pas immédiatement leurs achats de produits étrangers. De même, les exportations, dont le volume ne s’accroît pas aussitôt, rapportent moins de devises (leurs prix ont en effet diminué).

C’est seulement dans un deuxième temps que le solde des échanges s’améliore, avec l’augmentation du volume des exportations (quantités de biens exportés). Ces mécanismes reçoivent une illustration graphique avec la courbe en J.

La courbe en J (solde des échanges extérieurs fonction du temps)

La politique de change

  • illustration courbe en J

Vente d Airbus et de Boeing et dévaluation du dollar US ($)

Hypothèse de prix d un avion : 100 Millions d’Euros/Dollars (performance égale des 2 avions)

Année 1 (1$-1€) : Air France dépense 100 Millions € et achète 1 Airbus (préférence nationale)

Année 2 (1$= 0,5€) : Air France n’investit pas.

Année 3 (1$= 0,5€) : Air France n’investit pas.

Année 4 (1 $=0,5€) : Air France dépense 100 Millions €, achète 200 Millions de $, et s’offre 2 Boeing (préférence rentabilité).

Le $ est dévalué ce qui augmente les exportations US ici en année 4. La production Française ne trouve plus preneur. Les exportations françaises d’Airbus diminuent (une compagnie américaine devrait dépenser 200 Millions de $ pour acheter 100 Millions d’€ et acquérir 1 Airbus).

Mais en même temps, certaines importations de produits Français continuent aux Etats-Unis :

Année 1 (1 $=1€) : Les américains consomment W0 Millions de $ de l’huile d’olive (10 Millions de bouteilles à 10€ chacune)

Année 2 (1 $=0,5€) : Les américains consomment toujours 10 Millions de bouteilles mais cela leur coûte 200 Millions de $ (pour acheter des bouteilles à présent à 20$ contre 10$ auparavant).

Année 3 (l$=0,5€) : Les américains consomment plus que 5 Millions de bouteilles et cela leur coûte 100 Millions de $.

Année 4 (l$=0,5€) : Les américains consomment toujours 5 Millions de bouteilles et cela leur coûte 100 Millions de $.

Au final, en année 2, suite à dévaluation du $, les importations US augmentent en montant (et non en volume) et dégradent ainsi le solde commercial (pas d’élasticité Prix sur l’huile d’olive durant cette année). En année 3, le solde revient comme en année 1 (les américains réduisent leurs importations de vin de moitié en nombre de bouteilles. Le prix restant sorti de chez l’agriculteur Français à 10€).

En année 4, les ventes de Boeing, plus compétitif, avancent et augmentent le solde commercial.

la dévaluation du $ ne trouve son bénéfice, en termes de solde commercial qu’en année 4, après dégradé ce solde en année 2.

D’autres conditions sont aussi nécessaires. Les capacités de production (l’offre nationale) doivent être suffisantes pour faire face à l’augmentation de la demande intérieure et extérieure, sinon les importations ne diminueront guère. Par ailleurs, les entreprises françaises ne doivent pas modifier leurs comportements de marge, c’est-à-dire profiter de la dévaluation pour augmenter leurs prix à l’étranger.

En outre, les échanges doivent être sensibles aux modifications des prix, c’est-à-dire que la demande de produits étrangers doit baisser si les prix augmentent (l’élasticité-prix des importations doit être forte). Enfin, la politique de « dévaluation » ne peut réussir qu’à la condition que les autres pays ne pratiquent pas une politique similaire.

Les limites actuelles des dévaluations : l’inflation

On observe désormais dans les pays occidentaux un effet important et néfaste des dévaluations : celles-ci favorisent l’inflation. Avec l’incompressibilité de certaines importations, si nécessaires que leur demande ne diminue pas alors que leurs prix augmentent après une dévaluation (énergie, matières premières, machines), se produit un accroissement des prix intérieurs (innation importée).

Les coûts de production des entreprises s’élèvent alors, ce qui contribue à l’augmentation générale des prix et annule les effets bénéfiques de la dévaluation.

Le cercle vicieux de la dévaluation

dévaluation de la monnaie

Une politique de monnaie forte

Une monnaie forte est une monnaie fortement demandée sur le marché des changes: sa valeur augmente, elle s’apprécie par rapport aux autres monnaies Inversement, une monnaie faible, plus souvent offerte que demandée sur le marché des changes, a tendance à se déprécier.

Dans un contexte de forte inflation ou de menace inflationniste, de nombreux pays ont vu les avantages qu’il y avait à favoriser, non plus la dépréciation de leur monnaie, mais au contraire son appréciation.

À l’inverse du cercle vicieux précédent, on peut mettre en œuvre un cercle vertueux de l’appréciation, où la hausse de la valeur de la monnaie sur le marché des changes permet de lutter contre l’inflation.

Les importations deviennent moins chères, ce qui contribue à limiter les coûts de production des entreprises et favorise la baisse régulière du taux d’inflation (il s’agit alors d’une désinflation importée).

Une politique de monnaie forte cherche donc à provoquer l’appréciation de la monnaie nationale sur le marché des changes afin de lutter contre l’inflation. Par ailleurs, cette politique vise aussi un objectif de modernisation de l’économie puisque l’abaissement des prix des produits importés entraîne l’élimination ou l’adaptation des entreprises qui se révéleraient peu compétitives (a l’inverse, une dévaluation – dépréciation protège les entreprises peu compétitives de la concurrence étrangère).

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