L’analyse de l’endettement

cet article d’analyse du bilan est centré sur la notion d’analyse de l’endettement. On distingue les dettes d’exploitation (à court terme et sans intérêt) des dettes financières (à échéance fixée, plus longue et rémunérées).

Il s’agit dès lors de mesurer le risque financier de l’entreprise lié au poids de l’endettement.

La notion de risque financier peut être abordée à court et à long terme. À court terme, l’objectif est de mesurer la capacité de l’entreprise à honorer ses engagements à court terme (notion de liquidité). À plus long terme, on étudiera l’aptitude de l’entreprise à faire face à ses engagements à long terme (notion de solvabilité).

Il convient de noter dès à présent que l’analyse du risque financier menée sur le bilan est une analyse statique qui s’intéresse à la situation actuelle des financements de l’entreprise.

Analyse à court terme de l’endettement : la liquidité

La liquidité se définit de manière générale comme la capacité de l’entreprise à faire face à ses engagements à court terme.

En pratique, la liquidité est assurée lorsque la valeur des actifs permet théoriquement de rembourser les dettes pour un même terme de liquidité/exigibilité. Elle mesure en quelque sorte la vitesse de rotation de l’actif par rapport au passif.

Une durée des emplois supérieure à celle des ressources génère un risque « d’illiquidité ». Il lui faut chercher de nouvelles ressources à court terme avec une contrainte de dépendance supplémentaire.

La notion de liquidité est essentiellement abordée par l’étude de ratios confrontant l’actif circulant au passif à court terme, de manière générale (liquidité générale) ou en séparant les différents types d’actifs (liquidité réduite et immédiate) qui correspondent à des échéances différentes.

La liquidité générale

La liquidité générale mesure l’aptitude de l’entreprise à faire face à ses dettes à court terme.

Le ratio de liquidité générale se construit à partir du rapport entre les actifs à moins d’un an (stocks, créances clients, autres créances et liquidités) et le passif à moins d’un an (ensemble des dettes dont l’échéance est à moins d’un an).

Ratio de liquidité générale = actifs à moins d’un an/passifs à moins d’un an

La liquidité réduite

La liquidité réduite mesure l’aptitude de l’entreprise à faire face à ses dettes de court terme avec ses liquidités et les sommes attendues des clients. Elle exprime en fait la liquidité de l’entreprise en excluant les stocks de l’analyse. En effet, une partie des stocks représente une véritable immobilisation (valeur minimum du stock nécessaire à l’activité normale de l’entreprise). Ces stocks peuvent se révéler insuffisamment liquides en cas de besoin urgent.

Le ratio de liquidité réduite se construit en rapportant les actifs à moins d’un an diminués des stocks au passif exigible à court terme.

Ratio de liquidité réduite = actifs à moins d’un an hors stocks/passifs à moins d’un an

La liquidité immédiate

La liquidité immédiate mesure l’aptitude de l’entreprise à faire face à ses dettes de court terme avec ses seules liquidités.

Le ratio de liquidité immédiate se construit en rapportant les liquidités et les valeurs mobilières de placement au passif à moins d’un an.

Ratio de liquidité immédiate = disponibilités + VMP/passifs à moins d’un an

Analyse à long terme de l’endettement : la solvabilité

L’impact de l’endettement sur la situation financière à plus long terme est analysé par la notion de solvabilité. La solvabilité se définit comme la capacité de l’entreprise à payer ses dettes lorsque celles-ci arrivent à échéance.

Au sens large, la solvabilité est assurée lorsque la valeur des actifs est supérieure à celle des dettes.

Trois points sont généralement mis en avant pour l’analyse de la solvabilité :

Analyse de la solvabilité par l’indépendance financière

L’indépendance financière mesure le poids de l’endettement global. Elle traduit l’aptitude de l’entreprise à rembourser ses créanciers.

Le ratio d’indépendance financière

Le ratio d’indépendance financière rapporte l’endettement total au total du bilan.

Ratio d’indépendance financière = endettement total/total du bilan

L’endettement total regroupe toutes les dettes de l’entreprise envers les tiers y compris les effets escomptés non échus et les engagements de crédit-bail.

Il n’existe pas de norme à proprement parler pour ce ratio mais un trop fort endettement est dangereux. En effet, il s’accompagne de dépenses annuelles fixes (amortissements des emprunts et intérêts). En cas de détérioration de l’activité, l’entreprise risque d’être dans l’incapacité d’assurer le service de sa dette.

Le taux d’endettement

Il est possible d’affiner l’analyse de l’indépendance financière de l’entreprise en isolant uniquement le poids de l’endettement financier dans le total de bilan.

Taux d’endettement = endettement financier/total de bilan

L’endettement financier comprend l’ensemble des dettes financières de l’entreprise y compris les effets escomptés non échus et les engagements de crédit-bail.

On considère généralement que l’endettement financier ne doit pas représenter plus du tiers du total de bilan

Analyse de la solvabilité par l’autonomie financière

L’autonomie financière compare l’endettement aux ressources propres de l’entreprise. Elle exprime une règle de prudence pour les banques qui, en cas de faillite, seront remboursées sur les ressources propres de l’entreprise.

Nous présentons ici la forme la plus usuelle de ratio d’autonomie financière qui rapporte les dettes financières aux capitaux propres.

Ratio d’autonomie financière = dettes financières/capitaux propres

Ce ratio doit être inférieur à 1. En effet, dans le cas contraire, les dettes financières sont supérieures aux capitaux propres. Cela implique un risque important pour les prêteurs de l’entreprise qui s’impliquent alors dans la gestion de l’entreprise et mettent en cause son autonomie.

Par ailleurs, ce ratio permet de mesurer la capacité de résistance de l’entreprise aux variations de la conjoncture.

Il convient cependant de demeurer critique sur l’application universelle de la norme du ratio d’autonomie financière. En effet, certaines entreprises peuvent supporter un endettement financier supérieur à leurs capitaux propres si elles génèrent des flux de trésorerie d’exploitation importants.

Analyse de la solvabilité avec la CAF

Le ratio « dettes financières/CAF » permet d’apprécier la capacité de remboursement liée à la CAF. La limite maximum fréquemment admise pour ce ratio est de 3 ou 4, ce qui signifie que les dettes de l’entreprise représentent 3 à 4 années de capacité d’autofinancement. De plus, ce ratio peut être utilisé pour analyser la solvabilité de l’entreprise : ainsi, au-delà de 3 à 4, le niveau de ce ratio traduit une solvabilité, c’est-à-dire une capacité à rembourser ses dettes, insuffisante.

Analyse à long terme de l’endettement et de la rentabilité : l’effet de levier

L’endettement n’est pas qu’un poids pour l’entreprise. L’importance de l’endettement financier par rapport aux capitaux propres, qui limite l’autonomie financière de l’entreprise, est également susceptible d’accroître la rentabilité financière de celle-ci.

On appelle effet de levier l’incidence de l’endettement de l’entreprise sur la rentabilité de ses capitaux propres. Nous allons détailler ici le rôle de l’endettement sur la rentabilité.

Formule littérale de l’effet de levier

Rentabilité financière = résultat net/capitaux propres

Rentabilité économique = résultat d’exploitation/actif total

L’analyse de l’endettement

Cette relation est une tautologie comptable mais elle permet une première interprétation des facteurs influençant la rentabilité financière.

Celle-ci est tout d’abord fonction de la rentabilité économique au sens large. La rentabilité financière est également liée au poids de l’endettement de l’entreprise appelé « levier d’endettement ».

En effet, l’actif total est la somme des dettes et des capitaux propres ; un ratio « actif total/capitaux propres » élevé traduit donc un endettement important.

Cette relation peut être exposée d’une manière plus détaillée.

Formule mathématique développée de l’effet de levier

RF = RE + (RE – t) × D/C

RF = rentabilité financière (résultat net/capitaux propres)

RE = rentabilité économique (résultat d’exploitation/capitaux propres + dettes financières)

t = coût de l’endettement (peut être calculé grâce au ratio frais financiers/dettes financières)

D : dettes financières

C : capitaux propres

Ce phénomène prend le nom « d’effet de levier » de la dette. Il se produit si le coût de l’endettement t est inférieur au taux de rentabilité économique RE. Dans ce cas, l’effet levier sera d’autant plus important
que :

– le différentiel entre le taux de rentabilité économique et le coût de l’endettement sera grand ;

– le bras de levier D/C sera élevé.

L’analyse de l’effet de levier permet de comprendre les effets sur la rentabilité financière de l’outil industriel et commercial (taux de rentabilité économique) et de la stratégie financière (endettement et bras de levier).

Lorsque le coût de la dette t est supérieur aux taux de rentabilité économique RE, on constate qu’un surcroît d’endettement dégrade la rentabilité financière de l’entreprise. On parle dans ce cas d’effet de massue de la dette.

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