L’école des conventions

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La théorie sociologique des conventions est apparue en France en 1987 avec un ouvrage fondateur, Les économies de la grandeur, rédigé par L. Boltanski et L. Thévenot.

La théorie sociale des conventions permet d’étudier la manière dont les individus élaborent des compromis. Boltanski et Thévenot (1991) proposent une théorie de la coordination permettant de répondre à la question suivante : comment des personnes aux logiques et intérêts différents – et souvent opposés – peuvent-elles s’entendre, fonctionner ensemble, construire des compromis ? Bref, « comment des personnes peuvent-elles agir et s’accorder alors même que les modalités d’accord paraissent multiples » (Boltanski et Thévenot, 1991, p. 56) ?

L. Boltanski et L. Thévenot interrogent la question des ressources à mobiliser pour stabiliser l’action des acteurs ainsi que les bases constitutives d’un accord collectif. Ces auteurs cherchent les fondements et les voies de construction du social dans le choix de l’accord qui résulte d’une convention.

La régularité des conduites et des normes de comportement résulte, suivant leur théorie, d’une contrainte d’accord qu’ils appellent une convention.

À travers leur ouvrage majeur, Boltanski et Thévenot démontrent qu’il existe plusieurs légitimités qui s’affrontent dans une entreprise et qui président à la justification des actions. Ils appellent ces principes cités ou mondes et distinguent finalement six cités :

  • la cité inspirée désigne le principe de créativité, l’action est alors guidée par la volonté d’innover ;
  • la cité domestique renvoie au respect de la tradition et à l’attachement aux règles d’un collectif de travail ;
  • la cité du renom vise à la reconnaissance sociale par un système de relations publiques ;
  • la cité civique justifie une action par la recherche de l’intérêt général ;
  • la cité marchande justifie le recours au contrat commercial ;
  • la cité industrielle correspond à une logique de productivité et de performance.

Boltanski et Thévenot démontrent que lorsque ces cités sont en contradiction, il est nécessaire, pour assurer la cohésion du collectif de travail, de trouver des accords fondés sur des compromis.

Par exemple concernant un accord d’entreprise pour le passage négocié aux 35 heures hebdomadaires de travail, la contradiction potentielle entre la légitimité civique, celle de l’intérêt des salariés, et la légitimité industrielle correspondant à l’impératif de performance, peut se résoudre à travers l’établissement d’une convention contractuelle, un accord d’entreprise entre les partenaires sociaux.

Suivant R. Salais, une convention correspond à un ensemble d’éléments qui, pour les participants à la convention, vont ensemble et pour lesquels ils partagent un accord commun.

La convention désigne donc bien un ensemble d’attentes réciproques sur les comportements et les compétences, élaboré comme allant de soi et pour aller de soi.

Dans ces conditions, une convention peut être véritablement efficace. Le concept de convention provient de convenir et permet de coordonner des intérêts d’acteurs contradictoires, relevant de logiques d’action opposées, mais qui ont besoin d’être ensemble pour satisfaire leurs besoins.

En définitive, les conventions sont des accords implicites permettant à la vie sociale de prendre tout son sens. La théorie des conventions montre qu’à l’intérieur de chaque cité, les justifications permettent de faire apparaître des désaccords puis de comprendre sur quoi se fondent les compromis dans la négociation.

Les théoriciens de convention s’inscrivent dans les théories de l’acteur car ils soulignent que les justifications sont, en réalité, des construits sociaux. Ils insistent sur la nécessité d’observer la réalité sociale à partir des compromis et ils démontrent dans quelle mesure la dynamique des rapports sociaux résulte de nouveaux compromis et de nouvelles conventions.

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