L’inflation et la déflation

L’inflation est un processus par lequel le niveau moyen des prix augmente ou la valeur de la monnaie diminue

L’inflation est un des indicateurs importants en macroéconomie.

Définition de l’inflation

L’inflation se traduit par une hausse générale et durable du niveau général des prix. Mais certains prix augmentent plus vite que d’autres, les rapports de prix des biens changent donc : on assiste à une modification des prix relatifs. Les prix des services augmentent plus vite que les prix des biens manufacturés, les services sont donc relativement plus chers que les biens.

le taux de l’inflation représente le taux de vavriation en pourcentage de l’indice de prix choisi.

Mais comment est mesurée l’inflation ?

La mesure de l’inflation

Le niveau général des prix est mesuré par l’indice des prix à la consommation (IPC). L’inflation correspond à l’évolution de cet indicateur de prix à la consommation  entre deux périodes. On s’intéresse donc aux prix des biens et services consommés par les ménages, c’est-à-dire aux prix de détail.

Les prix de gros, les prix à la production et les prix des actifs immobiliers et financiers ne sont pas pris en considération.

L’indice utilisé aujourd’hui a été mis en place en 1999. L’Insee en France a recensé les produits représentatifs de la consommation des ménages. Ces produits sont regroupés dans 303 postes.

Un poste se décompose en :

  • Poste : le pain par exemple ;
  • Variété : la baguette ;
  • Série : baguette vendue dans la boulangerie x de la rue y à z.

Les relevés sont effectués chaque mois. L’échantillon des séries est modifié chaque année pour tenir compte de l’évolution des habitudes de consommation et d’achat des ménages. Les produits qui disparaissent et les points de vente qui ferment en cours d’année sont remplacés.

Chaque année, de nouveaux produits et de nouveaux points de vente sont recherchés. Les nombreuses innovations en matière de promotions, cadeaux, remises effectuées par les distributeurs sont à intégrer dans l’indice. Les effets qualité doivent aussi être considérés.

Les produits ne sont pas consommés de la même manière. Il convient de tenir compte de la part de chacun de ces produits dans la consommation moyenne des Français à l’aide de coefficients de pondération appelés coefficients budgétaires.

le calcul du taux d’inflation

le taux d’inflation est le taux de croissance du niveau général des prix

Normalement, ce taux est mesuré sur 12 mois :

Taux d’inflation = [ (indice des prix) – (indice des prix) t-1 ] / (indice des prix)

Les causes de l’inflation

L’inflation peut être considérée comme le résultat d’un déséquilibre réel de l’économie ou le résultat d’un déséquilibre monétaire. Des causes de nature structurelle peuvent aussi être mises en évidence.

Un déséquilibre réel de l’économie

La hausse des prix peut provenir d’un excès de la demande de biens par rapport à l’offre. Cet excès de demande dans un pays n’entraîne pas de hausse de prix si les entreprises peuvent accroître immédiatement leur production en utilisant les facteurs de production inemployés (personnel, équipements), ou si ces mêmes entreprises peuvent déstocker ou allonger les délais de livraison ou encore si les importations peuvent compléter immédiatement l’offre nationale.

Ce n’est vraiment que quand l’offre ne peut pas s’adapter à la demande (on dit que l’offre est inélastique par rapport à la demande) que les prix s’élèvent ; pour obtenir satisfaction, les demandeurs acceptent une augmentation de prix. Les structures de marché ont une influence sur l’évolution du niveau des prix. En effet, les entreprises en situation d’oligopole peuvent augmenter leurs prix, la pression concurrentielle ne se faisant pas par les prix.

L’inflation par la demande a été manifeste pendant la seconde guerre mondiale et dans l’immédiat après-guerre.

L’inflation peut aussi être fondée sur une hausse des coûts supérieure aux gains de productivité. Avec l’inflation par les coûts, la hausse des prix est due aux prix des matières premières importées ou aux salaires.

Exemple 

1. Les coûts augmentent de 5 %, la productivité de 2 %, les entreprises veulent conserver leur marge en valeur absolue. Le gain de productivité permet d’augmenter de 2 % la production en volume :

 Chiffre d’affairesCoûts Marge
Situation initiale 100 = 10 × 10
(Volume × Prix)
60 40
Nouvelle situation103 = 10,2 × 10,163 40

Les prix augmentent de 1 % environ.

2. Les coûts augmentent comme la productivité, la marge ne varie pas :

 Chiffre d’affairesCoûts Marge
Nouvelle situation 101,2 = 10,2 × 9,961,240

Les prix diminuent de 1 %.

3. Les coûts augmentent de 5 % ainsi que la marge, les gains de productivité atteignent 2 % :

 Chiffre d’affairesCoûts Marge
Nouvelle situation105 = 10,2 × 10,2963 42

Les prix augmentent de 2,9 %, donc nouveau prix : 1 + augmentation de coût et marge en valeur relative/1 + gain de productivité = 1,05 / 1,02 = 1,029

4. Les coûts et la marge augmentent de 2 % comme la productivité :

 Chiffre d’affairesCoûts Marge
Nouvelle situation102 = 0,2 × 1061,2  40,8

Pas d’augmentation de prix.

Les entreprises peuvent subir une hausse des coûts des matières premières et/ou de l’énergie.

Actuellement, l’alourdissement de la facture pétrolière contribue à développer l’inflation dans les pays fortement consommateurs. C’est une situation d’inflation importée qui alourdit les coûts de production des entreprises.

Les coûts salariaux, représentant une part importante des coûts globaux des entreprises, sont un facteur important d’inflation par les coûts ; celle-ci se produit quand un pays connaît une situation de plein emploi et quand les salariés se regroupent pour faire pression sur les directions des entreprises afin d’obtenir une amélioration de leur rémunération, supérieure aux gains de productivité.

C’est ce qui s’est produit dans les pays occidentaux industrialisés entre 1968 et 1973 et les entreprises ont répercuté ces hausses dans leurs prix.

Le partage des richesses entre salaires et profits peut conduire à une progression des salaires qui entraîne les prix dans son sillage. La progression des salaires nominaux provoque de l’inflation, ce qui affecte négativement le salaire réel qui est le pouvoir d’achat des salariés.

Dans l’économie, les entreprises les plus performantes accordent des hausses de salaires justifiées par des gains de productivité. Les entreprises moins performantes en termes de gains de productivité s’alignent sur ces hausses de salaires qu’elles financent en les répercutant dans les prix de vente des produits.

La boucle prix-salaires est enclenchée, les salariés demandant alors de nouvelles hausses de salaires pour protéger leur pouvoir d’achat face à l’inflation.

Un déséquilibre monétaire

La valeur de la monnaie varie en sens inverse de sa quantité. La formulation de cette idée déjà ancienne par Irving Fisher constitue la première des grandes théories de la monnaie qui sera rejetée par Keynes et reprise par Friedman.

Au début du siècle dernier, Irving Fisher établit la relation suivante :

M × V = P × T (relation simplifiée)

M : quantité de monnaie offerte par la Banque centrale
V : vitesse de circulation de la monnaie (une quantité de monnaie peut être utilisée 2 fois, 3 fois… pendant une période pour acheter des biens)
P : niveau général des prix
T : volume des transactions

I. Fisher considère que le volume de transactions ne change pas et que la vitesse de circulation de la monnaie est constante… Une offre supplémentaire de monnaie ne peut qu’entraîner une augmentation générale des prix.

Cette relation se vérifie quand le plein emploi des facteurs de production limite la production.

Les banques centrales suivent de près cette cause d’inflation.

Les effets de l’inflation

Les effets sur les revenus

L’inflation entraîne une dépréciation de la monnaie, donc une perte de pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat correspond à la quantité de biens et de services qu’un certain revenu permet d’obtenir.

  • Exemple

Mesurons l’évolution du pouvoir d’achat en période d’inflation. Le revenu initial s’élève à 10 000 euros, les prix augmentent de 6 %. L’indice des prix est donc passé de 100 à 106.

Les 10 000 euros ne permettent plus d’acheter autant de biens qu’auparavant. Le pouvoir d’achat, mesuré par le revenu réel est maintenant de : 10 000 € ÷ 1,06 = 9 434 €. 10 000 euros est le revenu nominal ou revenu à prix courants, 9 434 euros est le revenu réel ou revenu à prix constants (on a déflaté le revenu nominal).

Maintenant supposons que le revenu passe de 10 000 euros à 11 000 euros pendant cette même période. Quelle est l’évolution du pouvoir d’achat ? L’indice de revenu est passé de 100 à 11 000 × 100 ÷ 10 000 = 110 ; l’indice des prix est passé de 100 à 106.

L’indice du nouveau pouvoir d’achat est le rapport indice du revenu nominal × 100 ÷ indice des prix soit 110 × 100 ÷ 106 = 103,77. Le pouvoir d’achat a augmenté de 3,77 %. Le nouveau revenu réel est de 11 000 × 100 ÷ 106 = 10 377 €, soit + 377 € par rapport à la situation initiale, soit une amélioration de 3,77 %.

L’inflation pénalise les agents qui perçoivent des revenus fixes (les épargnants, les retraités) et ceux qui n’ont pas suffisamment de pouvoir de négociation pour obtenir des augmentations compensatrices de rémunération.

L’inflation opère un transfert de pouvoir d’achat entre les agents.

Les effets sur la production

L’inflation est-elle propice à la croissance ? En période d’inflation, les investisseurs remboursent les emprunts qu’ils ont contractés en monnaie dépréciée. Ce sont ainsi les prêteurs qui perdent de leur pouvoir d’achat au profit des emprunteurs.

L’allégement relatif des charges d’emprunt améliore les résultats des entreprises, donc leur autofinancement, ce qui est propice à l’investissement. Les entreprises réalisent en outre des profits supplémentaires en raison du
décalage prix-salaires (les prix augmentent avant les salaires).

C’est ce qui s’est passé jusqu’en 1965 en France. À ce moment, les salariés ont revendiqué un meilleur partage de la valeur ajoutée en leur faveur et l’inflation par les coûts s’est amplifiée.

L’inflation présente aussi des inconvénients qui peuvent être dommageables pour la croissance économique.

L’inflation fausse le calcul de rentabilité des investissements. Quel taux d’inflation anticiper pour calculer les flux futurs de trésorerie ? En situation de grande incertitude, les entreprises s’abstiennent d’investir, ce qui nuit à la croissance.

Tout investisseur n’apprécie pas que le montant de sa créance se déprécie du fait de l’inflation ; il demande une compensation de cette dépréciation, il n’accepte d’investir que si une prime de risque lui est octroyée, ce qui se traduit par une augmentation des taux d’intérêt, décourageant ainsi les agents économiques à investir et la croissance en pâtit.

Si l’inflation dans un pays A est supérieure à celle enregistrée dans des pays partenaires, les produits du pays A deviennent moins compétitifs (si l’élasticité de la demande par rapport au prix est forte) et le pays perd des parts de marché.

Dans les années 1970, les banques centrales étaient fréquemment sollicitées pour aider l’État à financer son déficit ou à « laisser filer l’inflation » afin de réduire la valeur des dettes. Mais les inconvénients d’une inflation accrue ont contraint les États à interdire ou à freiner le financement du déficit public par la création monétaire et à accroître l’indépendance des banques centrales.

L’inflation galopante, telle que celle qui s’est produite en Allemagne en 1921 et 1923 (plus 430 % en 2 ans) ou celle de certains pays sud-américains ou dans l’URSS en transition au début des années 1990 détruit toute confiance dans la monnaie du pays, entraîne des désordres sociaux et encourage la fuite des capitaux.

Un peu d’inflation peut être propice à la croissance car elle stimule l’investissement, mais elle doit être maîtrisée pour assurer la compétitivité des entreprises.

Le débat actuel, en Europe notamment, concerne le fait de savoir s’il vaut mieux avoir une inflation de 2 % ou de 4 %. Une inflation modérée permettrait de contenir l’évolution du salaire réel tout en maintenant le salaire nominal.

Nous reviendrons dans la théorie keynésienne sur ce phénomène d’illusion monétaire qui permet de lutter contre la rigidité à la baisse des salaires nominaux et le chômage. Plusieurs économistes dont Blanchard ou Krugman se prononcent d’ailleurs non pour la stabilité des prix mais pour une inflation de 3 ou 4 %.

En France, la reconstruction d’après-guerre a entraîné une première accélération de l’inflation jusqu’en 1962. Ce phénomène a été aggravé par un surcroît de demande dû à l’arrivée des rapatriés d’Algérie. La signature des accords de Grenelle en mai 1968 a eu un impact encore beaucoup plus important sur l’inflation (revalorisation du Smig de 35 %).

Les clauses d’indexation des salaires sur les prix à partir des années 1970 ont nourri l’inflation par les coûts. Les chocs pétroliers ont encore aggravé la situation. L’inflation était plus forte en France que chez ses voisins. Il a fallu procéder à des dévaluations, ce qui a élevé l’inflation importée (les importations étaient plus chères).

Cette tendance s’est poursuivie jusqu’en 1983. Puis ce fut la désinflation, c’est-à-dire la baisse du taux d’inflation. Depuis, le taux d’inflation s’élève à 3 % par an en moyenne.

Les effets de la déflation

La déflation désigne de façon restrictive la baisse continue des prix. On parle désormais de déflation pour mentionner une situation caractérisée par une baisse des prix, une réduction de l’activité et une aggravation du chômage.

La Chine a connu une baisse des prix grâce aux gains de productivité et… à la croissance : ce n’est pas une situation déflationniste.

De façon générale, la déflation a pour effet de différer les décisions en matière de dépense. Les ménages attendent car les prix demain seront moins élevés. Les entreprises ne réalisent plus d’investissements car il devient difficile de les rentabiliser si les prix diminuent ; elles préfèrent déstocker et réduire leurs effectifs. Par ailleurs, les agents qui ont emprunté supportent un alourdissement de la valeur réelle de leurs dettes.

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