L’innovation n’est pas la créativité

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La question de mise en œuvre permet de différencier ce qui relève de la créativité et ce qui relève de l’innovation. « La créativité est partout où on l’interroge sur la production et la pensée humaine, mais elle reste partiellement insaisissable quant à sa nature et aux moteurs
qui l’animent » (Mumford & Gustafon, 1988 cité par (Auger, 2009 :p105)).

Les travaux de recherche sur la créativité se basent sur une variété d’approches, ce qui rend par conséquent difficile la définition du concept. L’étude comparative de ces définitions fait ressortir certains éléments clés nécessaires à la définition de la créativité.

On cite, entre autres l’importance des facteurs psychologiques et physiologiques des acteurs : en premier lieu, la créativité est un trait mental qui peut être quantifié et mesuré. Il s’agit d’une constellation de traits de personnalité illustrés par des personnes qui, lorsqu’on leur donne une certaine liberté, s’engagent dans le processus créatif (Amabile,1988).

Elle réside dans cette « capacité mentale à associer des éléments pour former de nouvelles combinaisons qui ont une valeur scientifique, esthétique, sociale et technique ». Il s’agit d’une combinaison de l’intelligence et de la personnalité.

Dans la même mouvance, Barbier et Viala (2013) soulignent que la créativité résulte de l’interaction de la connaissance, l’intelligence, l’expérience, l’effort, l’intérêt et l’enthousiasme, elle est également la combinaison de flexibilité, originalité et sensibilité pour trouver des idées (Jones ,1972).

Dans un second lieu, la créativité est définie comme étant un processus qui nécessite une implication technique, affective, cognitive et émotionnelle. Auger (2009 : p. 106) définit la créativité comme étant « un processus cognitif apte à être étudié lorsque les individus s’engagent dans la résolution de problèmes créatifs ou dans une pensée créative ».

En ce sens, Amabile (1988) propose une séquence d’étapes non déterminées partant de la présentation du problème, la collecte d’informations et de ressources, la production de produits ou de réponses aux problèmes, la validation de la réponse jusqu’à l’évaluation du résultat (succès, échec et progrès).

D’autres chercheurs comme Finke, Ward et Smith (1992) et Lubbart (1999) proposent un mouvement cyclique de va-et-vient entre les phases génératrices et exploratrices (Lelorieux, 2010).

En troisième lieu, les chercheurs se sont accordés sur une caractéristique fondamentale pour définir le concept qui est la nouveauté de la solution proposée par rapport à un problème particulier ou la surprise provoquée par les résultats (Auger, 2009).

Dans ce sens, on entend par la créativité n’importe quel acte ou idée ou produit qui change un domaine existant ou qui transforme un domaine existant dans un nouveau domaine ((Csikszentmihalyi, 1996) cité par (Barbier et Viala, 2013)).

Elle est souvent liée à l’imagination et à la capacité individuelle à produire une nouveauté. Amabile (1988), quant à lui, définit la créativité comme une production d’idées nouvelles, originales et utiles par un individu ou un groupe d’individus travaillant ensemble.

En ce sens, la créativité a été définie selon un autre aspect, celui de la conformité ou l’adéquation-applicabilité de la nouvelle solution (Barbier et Viala, 2013). La créativité demeure une activité strictement inhérente à son contexte social et culturel et ne peut pas être
étudiée en dehors du contexte.

Koestler (1967) (cité par Mnisri et Nagati, 2012) affirme que le créateur ne crée pas quelque chose à partir du néant, il découvre, mélange, combine, synthétise des faits, des idées, des facultés et des techniques qui sont déjà existants.

En outre, on trouve des auteurs qui prennent en compte d’autres aspects, en définissant la créativité comme le produit créatif, le processus créatif et l’environnement où se déroule l’acte de création ((Mooney, 1963) cité par Mnisri et Nagati, 2012). Il s’agit bien du résultat de l’interaction entre plusieurs éléments tels que l’intelligence, la connaissance, l’effort et l’enthousiasme (Walters, 1965 cité par ibid).

Dans ce sens, Mackinon (1965) (cité par ibid) stipule que créer c’est savoir trouver une réponse ou une idée neuve (ou pour le moins statistiquement) non fréquente qui doit jusqu’à un certain point s’adapter à la réalité.

Revenons à la question de distinction entre le concept de la créativité et de l’innovation, la littérature a montré que ces deux concepts ne sont pas du même ordre. La créativité est le précurseur de l’innovation, elle est perçue comme la matière première de l’innovation.

Dans ce sens, Auger (2009) établit une distinction majeure entre le concept de la créativité et l’innovation en se basant sur quatre points comme suit :

  • Objet :

La plupart des chercheurs distinguent deux étapes composant le processus d’innovation : l’initiation et la mise en œuvre (Rogers, 1954 ; Staw, 1990 ; Van de Ven, 1986 ; Amabile& al., 1990 ; Woodman & al. , 1993). La créativité correspond à la première étape celle de l’initiation, de perception des problèmes, de rassemblement d’information, de mobilisation des ressources conduisant à la sélection des idées (West & Farr, 1989). Alors que l’innovation présente l’étape de la mise en œuvre généralisée des idées et de leur diffusion (West et Farr, 1989).

  • Lieu d’apparition :

L’innovation agit dans un environnement social, tandis que le niveau d’apparition de la créativité est limité à quelques individus : « Alors que la créativité dépend des individus ou des petits groupes, l’innovation est produite par l’organisation, dont le succès dépend de facteurs internes et externes comme par exemple les ressources internes, la hiérarchie, le positionnement concurrentiel de l’organisation » (Damanpour & al.1984).

  • Les acteurs :

Les générateurs d’idées ont une expertise limitée à certains domaines, apprécient la conceptualisation, l’abstraction des idées, identifient de nouvelles et différentes manières de faire les choses et ont tendance à travailler seuls. Tandis que, les champions de l’innovation ont un large champ d’intérêt, ils sont plus appliqués et en relation avec l’environnement social.

Ainsi, la grande majorité des individus et psychologies liées à la création des idées est peu compatible avec ceux engagés dans la mise en œuvre et la diffusion de cette idée. S’ajoute que la créativité individuelle serait liée à une intelligence du domaine, de la spécialité, tandis que l’innovation ferait appel à une intelligence sociale du contexte (Ford, 1996).

  • Le rapport à la profitabilité économique :

Auger (2009) affirme que le rapport à la profitabilité économique permet une meilleure distinction entre les deux concepts étudiés. En premier, les travaux d’Amabile (1988,1990) montrent que les personnalités créatives sont peu attachées à la recherche du gain.

De même, la créativité est un processus cognitif tandis que l’innovation est un processus social, elle est portée par une forte motivation intrinsèque par opposition à la motivation extrinsèque des innovations (King, 1995).

À travers cette mise en perspective, nous pouvons déduire que le concept d’innovation et les concepts y associés (principalement créativité et invention) partagent une caractérisation commune qui est la nouveauté.

Cette caractéristique constitue le premier élément qu’il faut tenir en compte pour définir le concept de l’innovation. En outre, la production d’idées créatives demeure la matière première pour la mise en œuvre d’innovations réussies au sein de l’organisation.

Le concept de l’innovation reste un concept complexe qui prend différentes formes. Pour mieux définir le concept, il est indispensable de mettre également l’accent sur les différentes typologies de l’innovation.

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