Le modèle IS–LM : l’équilibre économique global

Le modèle IS-LM est un modèle économique pour la macroéconomie.

Dans le cadre d’une situation de sous-emploi, il permet de choisir entre différentes politiques économiques, en estimant leurs effets respectifs.

Le modèle établit un équilibre général entre le marché des biens et celui des services, liant investissement et épargne (investments and savings, d’où IS) au marché monétaire, qui lie demande et offre de monnaie (liquidity preference and money supply, soit « préférence pour la liquidité et masse monétaire », d’où LM). L’équilibre entre ces deux marchés détermine l’équilibre de la demande et du taux d’intérêt.

Le modèle IS-LM prétend rapprocher le secteur réel et la sphère monétaire de l′économie. C′est un modèle présenté par HICKS, prix nobel d′économie en 1972, et le modèle a été présenté en 1937, très peu de temps après la publication de la Théorie Générale.

Malgré les préventions que Keynes nourrissait à l′encontre de la formalisation mathématiques, Keynes n′a pas manifesté de reproches trop virulants à l′égard de ce modèle. Hicks a travaillé avec Hansen, et le modèle Hicks–Hansen est une vision pédagogique et formalisée des idées keynésiennes. Certains considèrent aujourd′hui que ce modèle a travestit et simplifié de manière radicale la pensée de Keynes.

Ce modèle Hicks – Hansen est un modèle de synthèse, c′est à dire qu′on y retrouve l′analyse néo classique, et il dit que le modèle keynésien ne serait qu′un cas particulier du modèle général néo classique.

L’équilibre sur le marché des produits et la courbe IS

On s′intéresse ici au marché des biens et des services, en considérant au départ une économie sans relation avec le reste du monde et sans interventionnisme public. La demande globale c′est la consommation + l′investissement, et la condition d′équilibre c′est que Y = C + I. Rien de nouveau ici.

Rappels sur la fonction d’investissement

Chez Keynes la décision d′investir résulte de la relation qu′entretien l′Efficacité Marginale du Capital avec le taux d′intérêt. Naturellement, pour un état donné de l′EMC, la baisse du taux d′intérêt permet d′augmenter le niveau d′investissement.

Le modèle IS –LM : l’équilibre économique global

Chaque événement macro économique va rendre les individus, notamment les chefs d′entreprises, plus ou moins pessimiste ou optimiste. Cette courbe est spécifiquement instable, car le comportement des chefs d′entreprise est volatile, très changeant.

La courbe IS

Og = Dg
S= I
S = Y – C
C = C(Y)
S = S(Y)
I = I(i)

Schéma à 4 quadrants

La courbe IS

La courbe IS est fixée dans le plan pour les valeurs des paramètres qui commandent tant la fonction d′investissement que la fonction d′épargne : si l′on change au minimum l′un ou l′autre de ces paramètres, la position d′IS bouge en conséquence.

Une dépense publique positive va avoir pour conséquence de décaler vers la droite la courbe IS.

La sensibilité de l′investissement au taux d′intérêt va déterminer la pente de l′investissement.

L’équilibre sur le marché de la monnaie et la courbe LM

Rappels sur les fonctions de la monnaie et l’offre de monnaie

Les questions monétaires sont généralement assez complexes, les formes de monnaies ont été et sont encore très diverses. La monnaie revêt plusieurs formes : fonctions d′intermédiaire d′échange, de réserve de valeur, et d′étalon de mesure de valeurs…

La monnaie est offerte par les banques commerciales, à l′occasion des crédits bancaires. On considère que l′offre de monnaie est déterminée de manière exogène par les autorités monétaires, elle est déterminée par le bon vouloir de la Banque Centrale ou du gouvernement…C’est donc une autorité qui définit la quantité de monnaie dans une économie (bien que cette hypothèse soit simplificatrice, nous l’adopterons quand même ici).

La demande de monnaie et la théorie de la préférence pour la liquidité

L’offre de monnaie est exogène (elle est déterminée par la Banque Centrale). Qu’en est-il de la demande ? Il s’agit de se demander pourquoi les agents économiques, et les ménages en particulier, décident-ils de détenir leur richesse, leur épargne, sous forme monétaire ? L’avantage de la monnaie par rapport aux autres formes de patrimoine (actifs réels ou actifs financiers) c’est qu’elle est liquide, c’est à dire qu’elle peut être transformée rapidement et sans perte de capital en monnaie.

La monnaie c’est le bien liquide par excellence. Par conséquent, celui qui détient de la monnaie peut dépenser cet argent dès qu’il le veut. C’est la raison pour laquelle on parle de préférence pour la liquidité. Pourquoi préfère-t-on la liquidité ?

  • Le motif de transaction : on détient de la monnaie pour financer les transactions que l’on projette de faire dans les jours ou les semaines qui viennent. En pratique, le rythme auquel on reçoit et celui auquel on dépense nos ressources ne sont pas les mêmes, il va falloir détenir une encaisse de transaction. Plus les revenus sont importants plus les encaisses de transaction sont élevées.
  • Le motif de précaution : nous sommes soumis aux aléas de la vie, qu’ils soit favorables (gagner au loto) ou défavorables (tomber malade, avoir un accident), et la détention de monnaie nous permet de palier les risques de la vie et les aléas imprévus. Keynes dit sur ce point que « la détention de monnaie apaise notre inquiétude ». Cette encaisse de précaution est positivement coréllées au niveau de revenu : plus le revenu est élevé, plus on détient une encaisse de précaution élevée.
  • Le motif de spéculation : c’est ici quelque chose de beaucoup plus innovant chez Keynes, et c’est en même temps fondamental. Il y a là aussi incertitude, mais l’incertitude dont il est question et qui justifie une encaisse de spéculation est l’incertitude qui frappe les cours boursiers. Pour Keynes, les agents détiennent une partie de leur épargne sous forme liquide pour profiter, le cas échéant, d’opportunités boursières et réaliser des plus values en spéculant.

Speculare en latin c’est prévoir, anticiper. Spéculer c’est tirer profit des anticipations que l’on formule pour gagner de l’argent. Les spéculateurs sont donc des « risquophiles », ils aiment le risque.

Pour Keynes, les actifs financiers sur lesquels la spéculation porte sont variés, mais il n’en retient qu’un : l’obligation, titre dont le taux d’intérêt est arrêté au moment de l’émission, et l’émetteur s’engage à payer au porteur un taux d’intérêt sur toute la durée prévue, durée à l’issue de laquelle l’émetteur rembourse au porteur (l’épargnant) le capital investit au départ.

Les émetteurs des obligations peuvent être des entreprises, des banques ou l’Etat. L’avantage de détenir l’épargne sous cette forme c’est que cela procure un revenu définit et qui ne sera pas renégocié. L’inconvénient c’est que pendant la durée du contrat on ne dispose plus du capital qu’on a investit.

La relation entre le taux d’intérêt et le cours des titres : lorsque les taux d’intérêt montent, la valeur des obligations descend, et lorsque le taux d’intérêt baisse la valeur boursière des obligations monte. En effet lorsque le taux d’intérêt augmente, passant par exemple de 5,5% en 2002 à 7% en 2007, le titre neuf, émis en 2007 va rapporter plus (7% du capital investit, capital de 1000 euros mettons), et le titre ancien, émis en 2002 va être moins intéressant. Sa valeur va donc se déprécier (la valeur de 1000 euros va baisser) pour attirer de nouveaux épargants…

Valeur courante (de marché) du titre = somme des cash flows (flux de liquidité) actualisés engendrés par le titre.

Exemple : que vaut, lors de son émission en 2002, le titre Bouygues ?
Valeur Actualisée : 55/1,055 + 55 / 1,055² + … + (55+1000) / 1,05512 = 1000
Que vaut le même titre en 2007 sachant que le taux d’intérêt est de 7% ?
Valeur Actualisée : 55 / 1,07 + 55 / 1,07² + … + (55+1000) / 1,077 = x < 1000

– le choix individuel entre détention de monnaie et détention d’obligation : au moment d’effectuer ce choix, l’individu va s’interroger sur ce que vaudra la valeur future des titres, la valeur future des obligations. Soit il pense que la valeur de ces titres va monter, et il va donc spéculer à la hausse (achat de titres). On dit que l’individu est haussier, ou bullish en anglais, et il ne va pas conserver d’épargne sous forme liquide. Soit il pense que le cours des titres va baisser, l’individu est baissier ou bearlish, dans ce cas l’individu va conserver son épargne sous forme liquide.

L’individu va observer un taux d’intérêt i et anticiper un taux d’intérêt i* dont il pense qu’il prévaudra sur la période à venir. Soit le taux d’intérêt courant i est plus élevé que le taux d’intérêt anticipé (i > i*), alors c’est que l’agent pense que le taux d’intérêt va baisser. Il pense donc que le cours des obligations va augmenter : l’individu va acheter des obligations et placer toute son épargne en titre.

L’équilibre sur le marché de la monnaie et la courbe LM

Soit au contraire, on a i < i*, alors l’individu pense que les taux d’intérêt vont monter et il pense du même coup que le cours des obligations va baisser. L’individu va placer toute son épargne sous forme monétaire et rien sous forme de titre.

– la demande spéculative pour l’ensemble des agents : chacun des individus a sa propre prévision de taux d’intérêt (à chaque personne correspond un i* différent).

Nous pouvons dessiner une courbe :

Rappels sur les fonctions de la monnaie et l’offre de monnaie
demande de monnaie spéculative

Plus le taux d’intérêt baisse plus il y a d’agents qui veulent détenir de la monnaie (car plus il y a d’agents baissiers). Arrive un moment où les agents sont unanimes pour dire que les cours des obligations ne peuvent que baisser, personne ne veut en acheter à nouveau, tout le monde veut de la monnaie car tout le monde pense que les titres vont baisser.

Cette fonction de préférence pour la liquidité est décroissante du taux d’intérêt. Il y a un taux d’intérêt incompressible, en deçà duquel le taux d’intérêt ne peut pas baisser.

– La fonction de demande de monnaie

On désigne généralement la demande globale de monnaie sous la lettre L, et on désigne par L1 la demande motivée par le motif de transaction et de précaution et par L2 la demande de monnaie aux fins de spéculation. L1 est croissante et dépend du revenu, et ne dépend donc
pas du taux d’intérêt, L1 ne dépend que du revenu. En revanche L2 est une fonction du taux
d’intérêt, et elle est décroissante.

La fonction de demande de monnaie

en « i min », la courbe tend vers une valeur infinie…
L = L1 + L2

Lorsque le taux d’intérêt est très bas les agents ne peuvent redouter que la hausse de ce taux d’intérêt, donc la baisse de la valeur des titres, et ne veulent donc que de la monnaie. C’est pourquoi on parle de préférence absolue pour la liquidité lorsque le taux d’intérêt est très bas. ROBERTSON parle de trappe à liquidité.

Formation et statut théorique du taux d’intérêt

a. Le statut théorique

Pour un auteur néoclassique, le taux d’intérêt c’est la rémunération de l’épargne. C’est un revenu qu’on accorde à l’épargnant pour le récompenser de son abstinence. C’est la récompense de la non consommation. L’épargne est une fonction croissante du taux d’intérêt puisque, précisément, plus on propose à l’épargnant un taux d’intérêt élevé plus il sera prêt à renoncer à ses consommations pour épargner davantage.

Pour Keynes, le revenu que l’on perçoit se ventile entre l’épargne et la consommation. La consommation est une fonction du revenu, par conséquent, l’épargne n’est que le reliquat de la consommation. Le taux d’intérêt ne joue pas sur le niveau de l’épargne.

Le taux d’intérêt ne peut pas être la rémunération de l’épargne. Le taux d’intérêt influence la façon dont se ventile l’épargne entre la détention de monnaie liquide (sous forme matérielle), ou les titres (obligations).

Le taux d’intérêt ne joue donc pas sur le niveau de l’épargne mais plutôt sur sa répartition. Lorsqu’on verse à l’épargnant qui détient l’épargne sous forme d’obligation, on le lui verse parce qu’il renonce à la liquidité. Keynes explique que le taux d’intérêt c’est la récompense de la renonciation à la liquidité.

b. La formation du taux d’intérêt

Le taux d’intérêt se forme, pour les classiques, par la rencontre entre la demande d’épargne et la demande d’investissement. L’épargne et l’investissement résultant du taux d’intérêt.

Formation et statut théorique du taux d'intérêt

Le taux d’intérêt se fixe alors à la rencontre entre la demande de monnaie des agents (préférant la liquidité) et l’offre de monnaie (offre exogène, la monnaie est offerte unilatéralement par la Banque Centrale). Ainsi, une politique de restriction monétaire (déplacement de la fonction d’offre vers la gauche), va faire augmenter le taux d’intérêt. Au contraire, une politique d’expansion monétaire aura pour conséquence de diminuer le taux d’intérêt d’équilibre.

Toutefois, lorsque l’on est dans une situation de préférence absolue pour la liquidité par les ménages, toute variation supplémentaire de création monétaire n’aurait aucune influence sur le taux d’intérêt. C’est à dire que toute nouvelle création de monnaie serait thésaurisée et tomberait dans la « trappe à liquidité ».

Si on a plus de revenu, puisque L1 est une fonction croissante du revenu, il faut plus de monnaie pour satisfaire les demandes d’encaisses de transaction et de précaution. Par conséquent, la fonction de demande de monnaie va se déplacer vers la droite. La hausse du revenu nécessite ainsi une hausse de monnaie. Autre hypothèse, la fonction de demande d’encaisses spéculatives dépend du taux d’intérêt.

Pour tracer la courbe il a fallu se donner les anticipations de taux d’intérêt des agents (certains sont haussiers, d’autres baissiers). Mais ces anticipations sont extrêmement volatiles. Tout ce qui affecte les anticipations des agents en matière de taux d’intérêt va se traduire par une modification de la demande de monnaie.

Pour Keynes, la fonction de demande de monnaie (demande d’encaisse spéculative) fait partie des fonctions instables car elle dépend de la volonté des agents.

La courbe LM

Schéma à 4 quadrants … voir ci dessous
L2 = L2 (i)
M = offre de monnaie exogène
L1 = L1 (y)

a. la construction de la courbe

La courbe LM


Courbe LM : lieu des combinaisons taux d’intérêt revenu telles que l’offre M de monnaie soit égale à la demande L de monnaie.

La courbe LM comporte 3 phases : une phase horizontale, une phase de croissance, et une phase verticale.

Lorsque le revenu est tout petit, il y a pas peu de monnaie pour financer l’encaisse de précaution et de transaction, L1 est faible. Il reste donc beaucoup de monnaie pour l’encaisse de spéculation L2.

Par conséquent, plus il reste de monnaie pour alimenter l’encaisse de spéculation, plus le taux d’intérêt sera bas. Il y a cependant un taux d’intérêt en deçà duquel on ne peut diminuer le taux d’intérêt.

Si le revenu augmente, il faut plus de monnaie pour financer l’encaisse de transaction et de précaution. En conséquence, il reste moins de monnaie pour assouvir les besoins d’encaisse spéculative.

Le taux d’intérêt va donc monter au fur et à mesure que le revenu s’accroit. Il arrive un moment où le revenu est tellement élevé que toute la monnaie qui existe sert à financer exclusivement l’encaisse de précaution et l’encaisse de transaction. Il ne reste plus rien pour le mobile de spéculation.

b. les déplacements de la courbe

Si la propension des agents à détenir des encaisses de précaution ou de transaction plus ou moins forte change, alors cela peut modifier la courbe LM et la déplacer vers la droite (ce phénomène est très peu courant…)Il se peut aussi que la courbe de demande d’encaisse de spéculation varie beaucoup plus rapidement.

La politique monétaire de la Banque Centrale a aussi un rôle, en émettant plus ou moins de monnaie.

La variable des anticipations des agents va avoir un effet permanent sur la courbe LM, c’est donc
la préférence pour la liquidité.

L’équilibre global des marchés des produits et de la monnaie

Présentation de l’équilibre

L'équilibre global des marchés des produits et de la monnaie

OG = DG
I = S
M = L

On a un point E qui génère un revenu YE et un taux d’intérêt iE, valeurs pour lesquels il y a équilibre globale sur le marché de la monnaie (il y a à la fois égalité entre épargne et investissement et entre demande et offre de monnaie). L’infinité des autres points, autres que E, sont les points pour lesquels il y a au moins un déséquilibre. Le point E est un point d’équilibre général, en ce sens qu’il y a au point E équilibre sur le marché des biens et services et équilibre sur le marché de la monnaie.

Dans la zone A et la zone B, l’épargne est plus grande que l’investissement, c’est à dire aussi que l’offre globale de biens et de services est plus grande que la demande globale. Dans les zones C et D, au contraire, l’investissement est plus grand que l’épargne, c’est à dire que la demande globale est plus grande que l’offre globale (à droite de la courbe IS, l’offre globale est supérieure à la demande globale, autrement dit S > I, et à gauche de IS, la demande globale est supérieure à l’offre globale, autrement dit I > S).

Soit on est a gauche de LM (zones A et D), alors c’est que l’offre de monnaie est plus forte que la demande. A droite de LM (zones de B et C), la demande de monnaie est supérieure à l’offre. A gauche de LM, l’offre de monnaie est supérieure à la demande de monnaie, et à droite de LM, la demande de monnaie est supérieure à l’offre de monnaie, on parle aussi d’excès de demande de monnaie.

Intérêt et limites du modèle IS / LM

Ce modèle synthétise et présente les variables et les relations dont parle la Théorie Générale. On
montre dans ce modèle qu’il y a bien interdépendance entre équilibre monétaire et équilibre réel. On n’est plus alors dans la dichotomie classique. Ce modèle a des vertus pédagogiques, et on l’utilise pour tester l’efficacité des politiques économiques et budgétaires mises en place par les pouvoirs publics.

Si Keynes n’a pas utilisé de formalisation mathématique dans la Théorie Générale ce n’est certainement pas le fruit du hasard. Or, il faut être conscient que ce modèle est très schématique, voire même tendancieux. Cela donne une vision caricaturale, schématique, de l’équilibre macroéconomique.

On a le sentiment que les courbes sont arrimés dans le plan, mais elles résultent de variables volatiles : efficacité marginale du capital (fonction du comportement animal des investisseurs capitalistes) et anticipations du taux d’intérêt (phénomène psychologique).

Pour Keynes, ce qui caractérise l’économie monétaire c’est l’incertitude, et on ne peut pas faire l’impasse sur les effets de cette incertitude. L’EMC pèse sur IS, et l’anticipation des taux d’intérêt pèse sur LM, via la courbe de préférence pour la liquidité.

L’efficacité des politiques conjoncturelles

Il serait étonnant, ou en tout cas aléatoire de penser que YE est un revenu de plein emploi. Keynes nous laisse entendre que ce revenu YE est générateur de chômage. Il va falloir mener des politiques de relance qui ont, à court terme, une incidence sur le revenu et donc sur le taux de chômage.

La politique budgétaire

Le budget est un document comptable qui recense les dépenses et les recettes de l’Etat. Jusqu’à la publication de la Théorie Générale il ne fallait pas utiliser le budget pour stimuler l’activité économique.

a. Les objectifs et les instruments

4 objectifs principaux : la croissance, le plein emploi, la stabilité des prix et l’équilibre des comptes extérieurs (balance des paiements). KALDOR parlait d’un « carré magique ». La réalisation simultanée de ces 4 objectifs serait très difficile. Il y a aussi des objectifs sociaux comme le bien être de la population ou l’équité.

Les instruments : les dépenses budgétaires, qui permettent de faire fonctionner l’Etat. On peut distinguer les dépenses de fonctionnement (payer les fonctionnaires…), les dépenses d’investissements (construction d’infrastructures par exemple) ou des dépenses de remboursement de la dette publique. Les recettes : divers impôts et taxes, recettes domaniales, produit des emprunts (l’Etat lève des capitaux sur le marché financier).

b. L’efficacité de la politique budgétaire

On suppose que la dépense publique augmente d’un montant delta G. La dépense publique augmente sans augmentation proportionnelle du taux d’intérêt Delta Y = delta G x 1 / (1 – c)

Si on augmente la dépense publique, alors la courbe IS se déplacerait vers la droite, et le taux d’intérêt restant fixe, le revenu Y se déplacerait vers la droite.

Lorsqu’on introduit LM, l’effet expansionniste de la dépense publique est atténué. La hausse du revenu est moindre lorsqu’on introduit le marché de la monnaie que lorsqu’on ne l’introduit pas. Pourquoi ? On augmente la dépense publique sans toucher à la quantité de monnaie. Il subsiste donc moins d’encaisses disponibles pour satisfaire le motif de spéculation. Donc, le taux d’intérêt va augmenter, sous l’effet de la raréfaction de la monnaie. Les investisseurs vont donc être (partiellement au moins) découragés.

L’augmentation de la dépense publique décourage l’investissement privé : on parle d’effet d’éviction. Cet effet d’éviction constitue une entrave à l’expansion économique. Il faut essayer de l’évaluer.

  • Influence de la pente de la courbe LM

Sur la partie horizontale de la courbe LM, à l’extrême gauche, on est dans la zone keynésienne de la courbe LM, c’est le fait de la préférence pour la liquidité. Tout à droite, la courbe est verticale, on est dans la zone classique (c’est là où toute la monnaie disponible est absorbée par l’encaisse de transaction et l’encaisse de précaution). Entre ces deux zones, on a une zone intermédiaire.

Si la courbe IS coupe la courbe LM dans sa zone keynésienne, l’effet expansionniste de la politique budgétaire est maximum, car il n’y a pas d’effet d’éviction. L’effet exp est maximum, du fait de la stabilité des taux d’intérêts.

Lorsque IS coupe LM dans la zone intermédiaire, le revenu augmente mois fortement car les taux d’intérêts montent.

Enfin, lorsqu’on est dans la zone classique et qu’on augmente la dépense publique, l’augmentation de Y est nulle, car l’effet d’éviction est maximum : lorsque l’Etat dépense une unité de monnaie supplémentaire, les investisseurs dépensent une unité monétaire en moins. Toute augmentation de la dépense publique est contrebalancée par une baisse de la dépense privée dans la même proportion.

De fait, la politique budgétaire est d’autant plus efficace que l’on se trouve dans la zone keynésienne. Dans la zone classique, cette politique est stérile. Le multiplicateur des dépenses budgétaires ne joue que dans la zone keynésienne.

  • Influence de la courbe IS

LM ne bouge pas. Une même politique budgétaire a plus d’influence lorsque IS tend vers la verticale que lorsque IS tend vers l’horizontale, delta Y est plus grand lorsque IS s’approche de la verticale (cas 1) que lorsque IS s’approche vers l’horizontale (cas 2). Dans le cas 1 l’investissement est peu sensible (élastique) au taux d’intérêt, et dans le cas 2, l’investissement est très élastique au taux d’intérêt. Dans le cas 1 l’effet d’éviction est faible, et dans le cas 2 l’effet d’éviction est fort, car dans le cas 2 l’investissement privé est très réduit…

Dans le cadre du modèle IS / LM, on montre que la politique budgétaire est d’autant plus efficace que LM est horizontale et elle est d’autant plus efficace que IS tend vers verticale.

La politique monétaire

On entend par là les actions que conduisent les autorités monétaires (Banque Centrale) pour agir sur l’activité économique par l’intermédiaire de la masse monétaire. La politique budgétaire doit être mise en œuvre par le gouvernement, qui doit passer devant le Parlement (la politique budgétaire est sous contrôle des parlementaires). En revanche, la politique monétaire est sous contrôle de la Banque Centrale (BCE pour la Zone Euro).

a. Les objectifs et instruments

La Banque Centrale a pour principal objectif la lutte contre l’inflation. Pour ce faire, la Banque Centrale dispose de moyens coercitifs, comme ce qu’on appelait jadis l’encadrement du crédit (les banques avaient un certain quota de crédit à accorder, et elles ne pouvaient pas en accorder davantage). Cet encadrement du crédit a disparu. La Banque Centrale joue sur la liquidité bancaire : ce sont les disponibilités des banques en monnaie « banque centrale ».

b. L’efficacité de la politique monétaire

Une politique monétaire expansionniste va se traduire par un déplacement vers la droite de la courbe IS.

  • L’influence de la pente de LM

On augmente la quantité de monnaie en circulation, on passe de LM1 à LM2 : ces deux courbes sont confondues sur la zone keynésienne, puis à partir de la phase de transition LM2 se décale vers la droite…mais les deux sont parallèles.

Premier cas : IS coupe LM sur la zone keynésienne, la politique monétaire est inefficace car toute monnaie crée tombe dans la « trappe à liquidité ».

Troisième cas : IS coupe LM dans sa zone classique : la même politique monétaire a un effet très important. En effet, c’est là que l’expansion monétaire permet le plus de faire baisser le taux d’intérêt. Cette baisse de taux d’intérêt permet de relancer l’investissement. Dans cette zone la politique monétaire est très efficace.

Dans le cas intermédiaire, la baisse des taux d’intérêt induite par la politique monétaire est plus forte que dans la zone 1 mais moins forte que dans la zone 3…

Une même politique monétaire n’a pas toujours les mêmes effets selon les circonstances…

  • L’influence de la pente de IS

Cas 1 : IS est proche de la verticale, Cas 2 : IS est proche de l’horizontale.

La politique monétaire est d’autant plus efficace que IS tend vers l’horizontale, c’est à dire lorsque IS est fortement sensible au taux d’intérêt.

La combinaison des politiques économiques et le « policy mix »

Une politique ambivalente, l’assemblage de deux politiques, a pour effet de lutter contre l’effet
d’éviction.

Le modèle IS–LM : l’équilibre économique global


Le point d’équilibre E3 génère un revenu Y3 supérieur au revenu Y2, car l’effet d’éviction est moindre dans ce cas la, et l’augmentation du revenu ne se heurte pas à la hausse des taux d’intérêt.

Analyse contemporaine de la politique budgétaire

Keynes juge qu’il ne faut pas hésiter à enfreindre les anciens tabous touchants aux finances publiques, et notamment le dogme touchant à l’équilibre budgétaire. Pour Keynes, le plus important est que l’Etat dépense lorsqu’il y a du chômage pour le résorber, plutôt que de s’attacher à équilibrer le budget.

Attention, Keynes est loin d’être un auteur socialiste, s’il préconise l’interventionnisme public c’est pour sortir le capitalisme de la dépression, et de plus, l’interventionnisme public ne doit pas être permanent. L’Etat doit intervenir pour résorber le chômage par exemple, et une fois son but atteint il peut se retirer. Keynes est plutôt discret quant à l’accumulation des déficits budgétaires, qui creusent la dette publique, question qui préoccupe aujourd’hui les économistes.

Que reste-t-il des idées de Keynes aujourd’hui, 50 ans après sa mort ? Il y a en économie des effets de modes : très importantes dans les années 50 – 60, puis abandonnées dans les années 70-80, les idées de Keynes sont revenues en grâce dans les années 90. Mais les idées « keynésiennes » des années 90 n’ont plus grand chose à voir avec les idées de la Théorie Générale, il a fallu l’édulcorer pour s’adapter au contexte. MODIGLIANI (avec ANDO) a essayé d’analysé plus en détail les mécanismes d’expansion liés aux dépenses publiques (c’est, sur le graphique ci dessus, le passage de Y1 à Y2).

La dette publique résulte de l’accumulation dans le temps de déficits. L’Etat a plus de dépenses qu’il a de ressources. Quand l’Etat s’endette, il émet des titres, qu’acquièrent les épargnants. Il faut être conscient que lorsque l’Etat s’endette il met en circulation des titres, qui sont la juste contrepartie de la dette.

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