Multiplicateur et diviseur de crédit

Le multiplicateur et  diviseur de crédit sont deux modèles qui permettent de mesurer l’ampleur et les limites de l’activité bancaire en tenant compte des différentes catégories de fuites que subissent les banques.

en effet, Lorsqu’on résonne dans le cadre d’un système bancaire consolidé on relève deux catégories de fuites monétaires qui constituent des limites à la création monétaire. Il s’agit des fuites naturelles qui sont le résultat de la conversion des dépôts en billets et des fuites institutionnalisées par les autorités monétaires dans le but de mieux contrôler l’activité bancaire.

Milton Freidman relève que l’offre de monnaie dépend du comportement de trois types d’agents à savoir le public, les banques et les autorités monétaires. Seule cependant l’action de ces dernières est déterminante car elles ont la responsabilité d‘émettre la base monétaire, une monnaie surpuissante (High power monney), qui conditionne le stock monétaire et le volume globale des crédits distribués.

Le multiplicateur et le diviseur de crédit sont deux outils s’inscrivent dans le cadre de l’adage « les prêts font les dépôts » qui ne peut toutefois expliquer à lui seul la relation qui existe entre la monnaie et le crédit.

On admet généralement l’existence de deux théories de la banque, une théorie microéconomique et une théorie macroéconomique.

Dans un cadre microéconomique on considère que le bilan de la banque est constitué à l’actif par les crédits distribués et les réserves en monnaie centrale que la banque doit ou désire conserver. Au passif figurent les dépôts avec éventuellement le refinancement c’est à dire la liquidité que la banque devra se procurer sur le marché ou à l’institut d’émission pour éponger ses dettes.

Actif Passif
– crédits(C)
– Réserves
– Dépôts(D)
– Refinancement (RF)

De sorte que le refinancement égalise la différence entre les crédits et les dépôts nets des réserves.

RF=C-D

Lorsque la banque est excédentaire ses dépôts sont plus importants que la somme des crédits et des réserves constituées, ce qui signifie qu’elle est en mesure de placer son excédent . A l’inverse si les réserves et les crédits dépassent les dépôts, la banque devient déficitaire, elle cherche à se procurer des liquidités sur le marché.

Dans la théorie macroéconomique de la banque le raisonnement se fait dans le cadre d’un bilan consolidé des agents financiers qui fait ressortir l’équivalence entre la monnaie et ses contreparties.

Monnaie = dépôts + espèces = contrepartie = crédits

On estime généralement que chaque agent détermine un ratio optimal entre la monnaie manuelle et les dépôts bancaires en sa possessions.

Tout revenu supplémentaire est ajusté par l’ensemble des agents selon ce ratio. Ce qui amène les banques à prévoir une réserve en monnaie fiduciaire pour toute création monétaire additionnelle.

Parallèlement elles sont astreintes de geler une fraction de leur exigibilité à la banque centrale, selon la réglementation des « reserves obligatoires».

Ce sont ces différents éléments qui déterminent la progression de la masse monétaire et des crédits comme le montrent les modèles du multiplicateur et du diviseur.

Il existe ainsi deux façons d’analyser le mécanisme de l’expansion monétaire :

  • celle du multiplicateur de crédit : Dans ce cas là, la création de monnaie est tributaire de l’existence préalable des réserves excédentaires.
  • celle de diviseur de crédit : dans ce cas les banques commerciales prennent l’initiative de la création monétaire et ce sans se soucier de l’existence préalable des réserves excédentaires.

I. Multiplicateur de crédit

Partant des liens qui existent entre la masse monétaire et la monnaie de banque centrale, certains théoriciens ont articulé le principe générale de la création de monnaie et les fuites hors du circuit bancaire ( surtout les frites sous forme de billet et de réserve monétaire). Ils ont formulé ainsi la relation entre base monétaire et masse monétaire dans le cadre de la théorie du multiplicateur de crédit.

le sens de la causalité ici va de la base monétaire (monnaie centrale) à la masse monétaire, ce qui signifie que la variation de la masse  monétaire est induite par l’accroissement de la base mopétaire ==-> la banque centrale peut donc soit impulser la création monétaire soit à l’inverse la restreindre si elle veut.

Il est à souligner que cette politique du mécanisme du multiplicateur de crédit ne peut être efficace que dans les pays où les banques possèdent suffisamment de liquidités, dans ceux ou les banques ont une insuffisance chronique de monnaie centrale il est impossible de mené cette politique, le mécanisme du multiplicateur de crédit ne fonctionne pas.

Dans ce cadre l’offre de monnaie est complètement exogène, en d’autre termes elle est indépendante de la demande de crédit (ou de dépôts) des agents économiques.

D’origine monétariste, le multiplicateur de crédit est un outil d’analyse qui permet à partir des réserves excédentaires dont dispose une banque de calculer le montant globale des crédits pouvant être distribués. « Le mécanisme apparaît comme un processus comprenant plusieurs vagues de crédits successifs »

Selon la théorie du multiplicateur de crédit , à chaque fois que le système bancaire dispose de réserves excédentaires, il doit les distribuer sous formes de crédit jusqu’à leur épuisement total.

Chaque montant de prêts alloués sera amputé à la fois d’un pourcentage de billets p déterminé par les habitudes de paiement du public , pour satisfaire aux exigences de la clientèle et de la fraction r que la banque aura à geler à l’institut d’émission. Ce qui se traduira comme suit :

  • Une première vague de crédit donnera : (1-r) (1-p)
  • Une 2ème vague de crédits : (1-r)² (1-p)²
  • Une 3 vague de crédits : (1-r)³ (1-p)³

Ainsi les mêmes fuites se produisent lors des differentes vagues dircessives : Plus les fuites sont importantes plus le coefficient, du multiplicateur sera réduit; Ce qui donnera un coefficient multiplicateur des crédits sous la forme suivante :

formule du multiplicateur du crédit :

K = 1 /1-(1-r) (1-p) = 1 / r+p-rp.
Si a = r+p-rp ==-> k = 1/a

En reprenant l’exemple que cite André Chainaux dans son ouvrage « mécanismes et politique monétaire », si H qui représente les réserves excédentaires est = 100 , r = 0,1 et p = 0,5, nous aurons :

K= 1 / 0,1+0,5-(0,1 x 0,5) = 1/0,55 = 1,81

Comme la somme des vagues de crédits distribués est un multiple K de réserves excédentaires initiales, la nouvelle monnaie créée sera de .

ΔM = K Δ H

C’est-à-dire M =1,81 x 100 = 181

La théorie du multiplicateur de crédit exige des réserves excédentaires préalables détenues par les banques ——-existence d’un excédent de liquidité est la condition et la cause de l’expansion du crédit par le système bancaire.

Ce qui suppose un comportement passif des banques vu qu’elles ne feront que redistribuer sous formes de prêts les réserves excédentaires que leurs clients leur ont permis de constituer.

Mais dans la réalité la banque prend une plus grande initiative et n’hésite pas à satisfaire les demandes de crédits supplémentaires même si elle ne dispose d’aucune encaisse excédentaire mais disposant d’actifs mobilisables grâce auxquels elle peut se procurer de la monnaie centrale qui lui est nécessaire après l’expansion de crédit.

Ainsi l’analyse en terme de multiplicateur n’est pas sans faille.

II. diviseur de crédit

Dans le raisonnement pour le diviseur de crédit, il y a Simplement inversion de la causalité : la multiplication des crédits est remplacée par une division des crédits.

Le potentiel de création monétaire est déterminé dans le cas du diviseur de crédit essentiellement par le montant des actifs mobilisables et non par le volume des liquidités immédiatement disponibles . « l’accroissement des liquidités qui se produit au cours de l’expansion de crédit est la conséquence et en aucune façon, la cause de cette expansion ; Ce n’est pas l’encaisse qui détermine les dépôts mais ce sont les dépôts qui déterminent l’encaisse » (1)

Dans le modèle du multiplicateur ; « la monnaie créée par le crédit du système bancaire est un multiple supérieur à un, des avoirs des banques en monnaie centrale» .

Dans l’hypothèse du diviseur la banque ’ qui est directement responsable de création monétaire constitue des réserves ex post pour pouvoir distribuer de nouveaux crédits. Elle doit disposer d’un quantum de monnaie centrale, calculées en fonction des. fuites naturelles et institutionnelles prévisibles.

Nous résonnons de la manière suivante :

Tout crédit supplémentaire ΔM sera soit transformé en billets à hauteur de p( ΔM) soit réintroduit sous forme de dépôts dans la banque émettrice ou dans les autres ‘à raison de (l-p)ΔM En outre sur ce même montant la banque devra appliquer le coefficient r de réserves obligatoires qui sera gelé à l’institut d’émission.

Le nouveau crédit nécessite ainsi un nouveau refinancement au marché monétaire ou à la banque centrale est évalué à :

ΔH = pΔH + r ((1-p)ΔM)
ΔH = ΔM (p + r (1-p))

Comme p + r-rp = 1/k nous aurons  ΔH = ΔM/k

Ce qui montre que la causalité du diviseur de crédit est à l’opposé de celle du multiplicateur. Dans cette optique on tient compte d’avantage de l’élément qui divise et réduit les crédits plutôt que de l’élément qui les multiplie.

Ainsi à partir d’une réserve excédentaire de 100 nécessitant une que de l’élément qui encaisse de 50 pour couvrir les différentes fuites-nous aurons, un coefficient k dû diviseur à :

K = 1/(1-0,5) = 2

Cependant le diviseur de crédit qui était au départ un outil d’analyse répondant au contexte monétaire et bancaire propre à l’économie d’endettement, est devenu désuet par les transformations qui ont marqué la finance indirecte, et par le renouveau que connaît l’économie de marché.

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