Chômage classique et chômage keynésien

Pour comprendre la différence entre chômage classique et chômage keynésien, il faut aller chercher du côté des causes du chômage, voire de l’analyse que l’on fait des raisons qui seraient à l’origine du chômage. Parfois, les frontières sont très subtiles, mais essayons d’y voir plus clair en ces deux théories qui prônent des chômages complètement différents.

I. Le chômage classique

Selon la théorie classique, le circuit économique repose sur l’investissement et sur son financement par l’épargne. Il se décrit suivant le schéma suivant :

L’égalité S = / et l’équilibre qu’elle traduit donnent le niveau d’investissement et le taux d’intérêt.

Dans l’économie d’un pays, le stock de capital est constitué de la somme des investissements réalisés. Or, ce stock de capital détermine un nombre de postes de travail. Le travail ne peut exister que dans des unités de production où au préalable a été installé du capital.

Autrefois, il fallait un champ, naguère une usine, maintenant des bureaux équipés d’ordinateurs, mais toujours il faut un lieu doté en capital pour que l’embauche se fasse. Ce capital, l’économiste le calcule en faisant la somme des investissements.

On connaît ainsi le capital K et la quantité de travail mobilisable L. La production Y est alors le fruit de l’utilisation de ce capital. Mathématiquement, y est égale à F(K, L), F étant ce que l’on appelle une fonction de production.

De façon simplifiée, on boucle l’équilibre économique en appliquant la loi de Say. Elle nous donne le revenu R qui est égal à Y. Comme on connaît dès le départ du modèle l’épargne ainsi que les règles fiscales en vigueur, on déduit la consommation de l’équation de revenu (R = C+ S + T).

II y a trois situations possibles dans l’économie. Si nous appelons N la population active, ces trois solutions sont les suivantes:

  • N > L : la population active est supérieure à la quantité de travail mobilisable du fait du stock de capital existant; on manque de capital pour employer l’ensemble de la population active, c’est alors qu’on parle de chômage.
  • N = L : c’est le plein-emploi
  • N < L : on manque de main-d’œuvre, le stock de capital disponible est trop important.

Pour le valoriser, les entreprises se mettent en concurrence et augmentent les salaires. Comme les salaires augmentent, il y a augmentation des coûts et donc normalement l’économie va connaître de l’inflation.

Ces trois états possibles s’excluent a priori les uns les autres: le chômage, le plein-emploi, l’inflation sont clairement définis et on peut dans ces conditions affirmer que l’arbitrage de Phillips s’effectue selon le point de vue de Samuelson.

Pour ce qui est du chômage classqiue, la solution au problème repose sur un accroissement du stock de capital. Cela ne peut s’obtenir qu’en augmentant l’investissement. Le moyen usuel pour y parvenir est de rétablir le profit des entreprises en diminuant la part des salaires dans la valeur ajoutée : le passage du chômage au plein-emploi suppose la baisse des salaires.

Cette affirmation brutale appelle quatre remarques :

  • cette théorie confirme que le personnage central de l’activité économique est l’entrepreneur, le chef d’entreprise. Par l’investissement, il modernise sans cesse l’appareil de production et permet à la société de bénéficier du progrès technique. Mais par l’investissement il permet également de créer les postes de travail qui absorberont la main-d’œuvre disponible. Ce n’est pas l’État en tant que tel qui lutte contre le chômage. C’est par la façon dont il traite les entreprises qu’il peut réduire le chômage.
  • baisser les salaires signifie très clairement baisser le coût du travail. Toutes les politiques menées dans cette logique s’attachent à baisser le coût du travail sans toucher au salaire net effectivement perçu par les salariés. En pratique, elles consistent à réduire ce que perçoivent l’État et le système public, c’est-à-dire les charges sociales;
  • la baisse du coût du travail peut s’obtenir en modifiant les conditions non salariales qui entourent ce travail. En effet, quand le contrat de travail est difficile à rompre, l’entreprise sait qu’une erreur de recrutement lui coûtera plus cher que dans des conditions de parfaite flexibilité. Un Code du travail très protecteur constitue un élément non négligeable de coût. Une flexibilité accrue réduit ces coûts et favorise le retour au plein-emploi;
  • dans la mesure où la logique des mesures de baisse des coûts est de permettre aux entreprises d’accroître leurs investissements, elles sont réellement efficaces si ces investissements se font dans le pays concerné et non à l’extérieur. La mondialisation introduit

dans l’analyse des coûts pour les entreprises en plus de la simple nécessité de financer l’accumulation de capital un aspect concurrence entre les territoires. La baisse des coûts par la fiscalité devient un des paramètres d’une action publique qui se trouve devoir faire face de plus en plus à une dynamique de concurrence fiscale internationale.

Depuis les années 1980, tous les pays mènent des politiques de lutte contre le chômage axées essentiellement sur la baisse des coûts.

Néanmoins, une autre interprétation du chômage court, celle du chômage keynésien.

Il. Chômage keynésien

L’hypothèse de base du chômage keynésien est que les entreprises manquent de débouchés. Dans le chapitre XXII de sa Théorie générale, Keynes revient sur les causes qui peuvent expliquer une situation de crise. Il considère que la consommation est stable dans le temps ce qui va à l’encontre des ses souvent mises en avant en son nom sur la « relance par la consommation » et sur « la consommation moteur de la croissance ».

Keynes ne pensait pas que la consommation soit à l’origine de la croissance. Comment le croire! Ce serait en effet admettre une vision du monde où l’augmentation des salaires ne peut être que bénéfique et ne pose jamais aucun problème.

les salariés qui voient leur pouvoir d’achat croître sont ravis, les chômeurs qui retrouvent du travail grâce à la relance induite par la consommation le sont tout autant, les entreprises qui accroissent ainsi leurs débouchés ne peuvent pas se plaindre.

Keynes en revanche affirme que le problème vient de l’investissement qui est soumis à des fluctuations sevères. Doutant de leurs débouchés, les entreprises hésitent à investir et ajustent non pas les prix et les salaires face à la crise qui s’ensuit mais les effectifs.

Le chômage keynésien provient d’un manque d’investissements privés. Il propose de leur substituer des investissements publics.

La démarche keynésienne peut se résumer dans l’idée que la dépense publique est plus efficace pour augmenter la production que la dépense privée. Elle fait de la politique budgétaire le moyen privilégié de lutter contre le chômage. Nous retrouvons ainsi Tinbergen…

On peut décrire le recours à la politique budgétaire connue facteur de croissance économique de diverses façons, la plus simple et la plus complète étant celle de l’économiste norvégien Haavelmo (prix Nobel d’économie en 1989).

Le modèle encore appelé « théorème d’Haavelmo Ji peut se décrire au travers des équations suivantes :

Égalité entre l’offre et la demande: Y = C + 1 + G. ( Loi de Say Y = R).

A ces deux équations comptables, on ajoute une équation qui décrit la consommation. Pour les keynésiens, ce qui est central, ce n’est pas l’épargne mais la consommation.

Cette consommation est le but de l’activité économique et alors que dans le schéma classique, nous sommes partis de l’égalité entre l’épargne et l’investissement, nous partons maintenant de la relative inertie de la consommation, qui est liée au revenu par ce qu’on appelle une fonction de consommation.

Fondamentalement, les problèmes de l’économie dans ce schéma proviennent de la contradiction entre la volonté des gens de consommer le plus possible et la nécessité de financer la production et l’investissement par le biais de l’épargne qui vient en déduction de la consommation.

Écrivons la fonction de consommation:

C = c (R – T).

On obtient en combinant les trois égalités:

Y = c (Y – T) + 1 + G.

Soit en différentielle, un accroissement de production qui s’écrit:

dY = dG – cdT /1 – c.
(1 / 1 – c) est appelé par les spécialistes de la politique économique le multiplicateur keynésien. Chaque augmentation de production nécessitant de la main-d’œuvre, le chômage keynésien se trouve ainsi réduit.

On voit quatre choses importantes dans ce raisonnement :

  • par rapport au chômage classique, il y a bien inversion de la logique. En effet, dans le raisonnement classique, on augmente les capacités d’offre en accumulant davantage de capital, alors qu’ici, on incite les entreprises à embaucher pour faire face à une demande supplémentaire;
  • en cas d’accroissement des dépenses de l’État sans accroissement de la dette publique, c’est-à-dire si dT = dG, il y a accroissement de la production avec un effet multiplicateur réduit à 1 ;
  • en cas de financement de l’ensemble de l’augmentation des dépenses publiques par l’emprunt l’effet multiplicateur est maximal et égal à 1 /1 – c ;
  • en cas de baisses des impôts plutôt que d’augmentation des dépenses, il y a de nouveau un effet multiplicateur mais celui-ci est cette ibis-ci de c/1 – c. Il est inférieur au multiplicateur correspondant à l’augmentation des dépenses.

La réponse keynésienne au chômage est une augmentation de la demande, soit directement de la demande publique, soit indirectement de la demande privée par baisse des impôts.

Pour les keynésiens les plus stricts, lutter contre le chômage suppose d’augmenter les investissements publics sans couvrir ces augmentations par des recettes publiques, c’est-à-dire en augmentant le déficit budgétaire et, de ce fait, le stock de dette publique.

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