Adam Smith : la nature et les causes de la richesse des nations

Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776) paraît à l’aube de la révolution industrielle. Il s’agit de l’ouvrage fondateur de l’économie politique qui théorise la régulation par le marché. Adam Smith fut professeur de philosophie à l’université de Glasgow et commissaire des douanes à Édimbourg à la fin de sa carrière. Dans son ouvrage, Smith estime que :

« Le travail annuel d’une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et ces choses sont toujours, ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées aux autres nations avec ce produit. »

L’accroissement des richesses résulte du progrès de la division du travail. Il analyse le travail dans une manufacture d’épingles et constate que la division du travail entraîne une sensible amélioration de la productivité et ceci grâce notamment à la spécialisation des ouvriers :

« Prenons un exemple dans une manufacture de la plus petite importance, mais où la division du travail s’est fait souvent remarquer : une manufacture d’épingles […] Un ouvrier tire le fil à la bobine, un autre le dresse, un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête. Cette tête est elle-même l’objet de deux ou trois opérations séparées : la frapper est une besogne particulière ; blanchir les épingles en est une autre ; c’est même un métier distinct et séparé que de piquer les papiers et d’y bouter les épingles ; enfin, l’important travail de faire une épingle est divisé en dix-huit opérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes, quoique dans d’autres le même ouvrier en remplisse deux ou trois. »

La productivité augmente grâce au gain de temps, à l’habileté accrue des travailleurs et à l’invention et l’emploi de machines.

Tous les biens produits doivent être échangés sur le marché. Les entreprises cherchent à utiliser au mieux leur capital pour satisfaire leur intérêt personnel : le gain. La main invisible assure

l’harmonie des intérêts des individus et conduit donc au bien-être général. L’État n’a pas à intervenir sur le marché :

« En dirigeant son industrie de manière à ce que son produit ait le plus de valeur possible, l’individu ne pense qu’à son propre gain ; en cela, comme en beaucoup d’autres cas, il est conduit comme par une main invisible à remplir une fin qui n’entre nullement dans ses intentions. Et, ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus mal pour la société, que cette fin ne fasse pas partie de ses intentions. En ne cherchant que son intérêt personnel, l’individu travaille souvent d’une manière plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler. […] Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. »

L’intérêt privé amène les propriétaires de capitaux à préférer l’emploi le plus favorable à l’industrie nationale car il est aussi le plus profitable pour eux. L’intérêt personnel et l’égoïsme travaillent pour le bien commun et amènent la société à la prospérité. C’est le sens de la main invisible de la concurrence.

L’État doit assumer les fonctions régaliennes (police, justice, armée) et au-delà des dépenses d’intérêt général liées à l’instruction du peuple ou au financement de l’infrastructure. L’État doit encadrer le système de libertés. Il est garant du bonheur de la société, doit faire régner la justice face à l’égoïsme des individus.

Smith pose la distinction essentielle de la valeur d’usage et de la valeur d’échange :

« Il faut observer que le mot valeur a deux significations différentes ; quelquefois il signifie l’utilité d’un objet particulier, et quelquefois il signifie la faculté que donne la possession de cet objet d’acheter d’autres marchandises. On peut appeler, l’une, valeur en usage, et l’autre, valeur en échange.

Des choses qui ont la plus grande valeur en usage n’ont souvent que peu ou point de valeur en échange ; et au contraire, celles qui ont la plus grande valeur en échange n’ont souvent que peu ou point de valeur en usage. Il n’y a rien de plus utile que l’eau, mais avec elle on ne peut presque rien acheter. Un diamant au contraire, n’a presque aucune valeur quant à l’usage, mais on trouvera fréquemment à l’échanger contre une très grande quantité d’autres marchandises. »

La valeur d’usage est liée à l’utilité ressentie par les individus alors que la valeur d’échange indique la valeur relative des différents biens dans l’échange. Smith soulève le paradoxe de la valeur mais se focalise ensuite sur la valeur d’échange qui répond au penchant naturel des hommes à l’échange pour satisfaire leurs besoins.

La valeur d’échange d’une marchandise est égale à la quantité de travail que le bien permet de commander. Ricardo rejette cette théorie du travail commandé pour lui préférer une théorie du travail incorporé dans le bien c’est-à-dire le travail nécessaire pour produire la marchandise.

Pour lui, la valeur d’un bien dépend du travail qui y est directement et indirectement incorporé. Le travail indirect correspond à celui qu’il a fallu utiliser pour produire des machines (c’est le capital fixe), pour obtenir les vivres et les matières premières (c’est le capital circulant).

La rareté de certaines marchandises intervient dans la détermination de leur valeur comme l’expliquera ultérieurement Ricardo. Les deux sources de la valeur sont la rareté et la quantité de travail nécessaire. Les marchandises dont la valeur est déterminée par la rareté représentent une petite partie des marchandises : tableaux, livres…

Pour les auteurs de l’école française, tels que Turgot, Condillac et Say la valeur dépend de l’utilité accordée à la marchandise. Comme le dit Say, « cette faculté qu’ont certaines choses de pouvoir satisfaire aux divers besoins des hommes qu’on me permette de la nommer utilité ».

Smith distingue le prix naturel du prix du marché mais, à terme, le prix du marché tend vers le prix naturel. Le prix naturel d’un bien est égal à la somme des salaires, profits (revenu lié à l’avance de capital) et rentes (location de la terre) qu’il faut payer.

Sur le marché se confrontent une offre qui propose le prix naturel et une demande qui est prête à acheter à ce prix. Si la demande est insuffisante, les offreurs devront baisser le prix pour tout vendre : c’est le prix du marché. Ils rechercheront des marchés où la demande est abondante. Ainsi, les prix de marché se rapprocheront des prix naturels. Il faut une libre concurrence.

Les classiques séparent l’économie réelle et l’économie monétaire (approche dichotomique).

Chez les classiques, les prix relatifs dépendent des coûts relatifs en heure de travail ou de l’utilité relative des différents biens. La monnaie est donc neutre. Elle est un moyen de circulation de la richesse mais qui n’agit pas sur les grandeurs économiques (agrégats et prix relatifs). Elle n’est pas considérée comme une réserve de valeur. Elle permet seulement de faire circuler les valeurs et de mesurer.

À terme, le profit a tendance à baisser du fait de l’abondance de capitaux qui s’investissent de plus en plus difficilement. Le commerce extérieur va offrir de nouveaux débouchés. Sous la pression de la concurrence, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production de biens pour lesquels il détient un avantage absolu, c’est-à-dire des biens qui requièrent moins de capital et moins de travail qu’à l’étranger.

« Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l’établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque avantage. »

Smith construit sa théorie contre les mercantilistes qui prônent l’accumulation d’or pour insister sur les bienfaits réciproques du commerce.

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